Vacuum Sealed

Si les bienfaits de la pandémie dont nous sortons (?) à peine sont excessivement rares, en particulier au niveau des dégâts qu’elle aura causés au milieu artistique à travers la planète tout entière, peut-être peut-on au moins se féliciter du fait qu’en l’absence de groupes étrangers capables de venir offrir des concerts en France, nous avons pu nous intéresser beaucoup plus à la très dynamique scène Rock française… Et avons donc pu vérifier que, oui, nous avions désormais dans l’Hexagone nombre d’artistes et de groupes rivalisant sans aucune honte avec leurs concurrents anglo-saxons. Et parmi eux, un nom est revenu régulièrement, celui des Parisiens de Bryan’s Magic Tears, combo psycho-noise qui nous a convaincus à chacune de leurs apparitions, semblant de plus à chaque fois meilleurs.

Car le groupe de Benjamin Dupont, avec déjà deux albums à son actif, dont le très bon 4AM, était capable comme peu d’autres d’envoyer des mélodies accrocheuses sur un tapis de guitares saturées, et donc de nous charmer tout en nous explosant les tympans. La sortie de leur troisième opus, Vacuum Sealed, leur meilleur à date, n’est donc qu’une confirmation pour ceux qui ont déjà eu la chance de les voir sur scène.

Bien sûr, et c’est souvent le principal commentaire – finalement pas très élogieux, non ? – que l’on fait sur Bryan’s Magic Tears, cette musique s’inscrit clairement dans une filiation The Jesus & Mary Chain / My Bloody Valentine, qui ne sont pas, excusez-nous, les pires références en termes de musique émotionnellement puissante et soniquement impressionnante ! Mais la musique de la bande à Benjamin a clairement sa propre personnalité, que ce soit dans l’efficacité des mélodies (Excuses, sans doute le titre le plus accrocheur dès la première écoute de l’album, chantée par une Lauriane qui pourrait postuler un jour à un poste au sein des Breeders) ou dans le bon usage de claviers et de sonorités électroniques plus modernes (comme dans le très efficace Sad Toys) : ces nouvelles tendances ajoutent une belle légèreté au sein des rythmiques plombées et des labyrinthes bruitistes.

Quelques intermèdes moins intenses – le planant Orion’s Gate Arrival qui envoie BMT dans l’espace ou un Always plus rêveur, voire langoureux – permettent à l’auditeur de reprendre son souffle après avoir dansé « comme à la grande époque » de l’Hacienda sur un Tuesdays éminemment mancunien. Tuesdays (Bye Molly) a un côté élégamment déjanté (déchiré ?) qui pourrait positionner BMT comme les Primal Scream de Paris en 2021. Isolation, au titre et à la rythmique très Joy D / New Order, décolle dans une splendeur solennelle inhabituelle de ce côté-ci de la Manche, mais témoigne au final plus d’une élégante filiation Velvet Underground que d’une obéissance aux règles britanniques de la pop psychédélique : il est bien possible qu’au fil des écoutes, Isolation devienne notre titre favori.

Vacuum Sealed se referme – puisque nous avons descellé ensemble son emballage hermétique – sur l’époustouflante plongée obsédante et brûlante de Superlava : 9 minutes déchirées, qui prendront tout leur sens en live, on est prêt à en prendre le pari.

Vacuum Sealed est l’évidente confirmation d’un groupe qui témoigne désormais de l’assurance des plus grands, mais continue à se renouveler, et est prêt à assumer une place centrale dans le Rock psyché français d’aujourd’hui.