2021 09 06 Têtes Raides Olympia (8)

20h50 : Un énorme gyrophare rouge et une sirène assourdissante annoncent l’entrée sur scène des huit musiciens de Têtes Raides, et un frémissement d’excitation parcourt le public, tout entier composé de fans absolus de ce groupe si singulier. Notre histoire d’amour avec Têtes Raides remonte aux années 90, et à ces sets incendiaires et émotionnellement bouleversants qui établirent alors leur réputation, et chaque fois qu’on les revoit, on espère que le miracle se reproduira. Et, croyez-le ou non, il se reproduit.

Le concert de ce soir, on le réalise très vite, n’est pas consacré comme nous le pensions à la promotion du nouvel album qui va sortir à la fin du mois – même si le premier morceau, très anxiogène et impressionnant avec Christian qui clame les textes dans son portevoix, puis soulève la foule par ses questions (« ça va ? ») est une nouveauté : non, nous sommes ici pour célébrer les "30 ans de Ginette", un anniversaire dont nous avions été privés l’année dernière du fait des circonstances qu’on connaît. Ce qui signifie que la setlist revisite la quasi-totalité de la carrière du groupe, avec seulement un ou deux titres extraits de chaque album : il y en aura donc pour tous les goûts, pour caresser notre nostalgie dans le sens du poil comme pour nous étonner en nous remémorant certains virages artistiques audacieux pris par la bande à Christian Olivier au fil du temps.

Bien entendu, sans véritable surprise, nous pourrons, au cours de l’heure cinquante que va durer ce concert très généreux, nous émerveiller sur l’impact toujours intact des hymnes immenses du groupe, avec au premier rang le duo infernal formé par Gino (largement chanté par le public, ce qui impressionne, amuse et même irrite peut-être un peu Christian) et Ginette (toujours ce même moment de poésie pure, avec cette lampe qui virevolte au-dessus du groupe et de nos têtes, au premier rang, cette lampe rustique qui s’appelle donc Ginette…).

2021 09 06 Têtes Raides Olympia (56)

Mais nous allons aussi tanguer sur la musique de cirque de Chamboultou, pogoter sur le ska cuivré de Journal (avec son texte à la rage képon des origines : « Allez les enfants ! Tuez vos parents ! »), lever le poing sur le rock martial de Civili comme à l’époque des rangs fournis de la gauche, sentir notre cœur se serrer sur l’atmosphère nostalgique de Des Silences, nous émerveiller devant l’idée frappante de cette énorme tête de mort qui va venir coiffer Christian. Et puis bien sûr, faire la fête tous ensemble quand la musique assume toute la fantaisie surréaliste des beaux textes de Christian Olivier, et quand l’accordéon convoque une France imaginaire au cœur et aux bras ouverts. Et combien de fois les larmes auront-elles rempli nos yeux ce soir ? Impossible de les compter, et c’est surtout là, le miracle dont nous parlions plus tôt.

S’il y a un léger bémol à émettre quant au principe de cette setlist "pot-pourri", c’est que le changement permanent de format du groupe, du quatuor rock électrique à la troupe entière, cuivres et cordes en bannière, et les ruptures régulières d’atmosphère nous auront parfois frustrés : certaines ambiances auraient mérité de se prolonger, alors que nous étions obligés, d’un coup, de repartir quasiment en sens inverse. Mais on comprend bien que c’est le prix à payer si l’on veut revisiter en moins de deux heures toutes les incarnations de Têtes Raides !

Le rappel, en tous cas, fut magnifique : après un petit speech bienvenu de Christian sur l’importance de la musique et des gens qui l'ont fait vivre durant la dernière année et demie, c’est… l’Iditenté, ce morceau militant co-écrit avec Noir Désir, dont le texte militant en faveur l’accueil des migrants est toujours plus essentiel en notre époque troublée : « Que Paris est beau quand chantent les oiseaux / Que Paris est laid quand il se croit français ! ».

Et puis, c’est… St Vincent, sublime. Un peu comme si Cohen avait été parisien au lieu de montréalais. Avant de se transformer en un nouveau jeu avec le public qui a toujours envie de chanter. On finira par la valse musette de Emily, chantée a capella, qui nous remplira encore les yeux de cette foutue eau qui n’arrête pas de couler.