Teheran affiche

Peu regardée du fait du succès limité de la plateforme Apple TV+, "Téhéran" est pourtant une « série d’espionnage » capable de séduire a priori les adeptes du "Bureau des Légendes" ou de "Fauda". Evacuons dès le départ le problème fondamental de la série : production israélienne traitant de l’Iran, il est difficile de porter grand crédit à sa description de la société iranienne sous contrôle des Mollahs, nous sommes bien d’accord sur ce point. Reste que, quand il s’agit de divertissement, aucun d’entre nous n’a fondamentalement de problème avec le fait de voir des films états-uniens parlant de méchants russes, chinois, voire européens… !

Bref, en acceptant que notre esprit critique restera aux aguets devant la série, il est difficile de ne pas prendre plaisir devant "Téhéran", qui est une sorte de modèle en matière de tension et de rebondissements : le périple de Tamar, hacker recrutée par le Mossad pour créer une panne électrique incapacitant le système de défense iranien de leurs installations nucléaires, permettant le bombardement de ces sites par l’aviation israélienne, voilà le sujet de "Téhéran". A la manière d’un "24 Heures Chrono" en plus intelligent, car plus enraciné dans la réalité géopolitique de notre époque, il s’agit avant tout de divertir le téléspectateur, non de traiter de manière vraiment sérieuse les enjeux politiques d’une situation que l’on sait globalement explosive…

… Et c’est d’ailleurs là que se manifeste le plus clairement la faiblesse d’écriture de la série au fur et à mesure des épisodes : après un démarrage remarquable sur un premier épisode frôlant la perfection dans le genre, on réalise que le scénario accumule, même de manière peu logique parfois, les difficultés sur la route de notre héroïne, pour créer une sorte de suspense quasi-permanent assez artificiel. Et on intègre à l’intrigue, qui se suffisait pourtant à elle-même, des éléments « étrangers » sentimentaux (la relation peu crédible entre l’héroïne, Tamar, et Milad, son complice hacker) ou policiers (l’épisodes, assez invraisemblable du trafic de drogues pendant la rave party). Dans la même logique, on utilise les personnages secondaires, dont certains, comme la famille iranienne de Tamar, sont vraiment intéressants, de manière totalement utilitaire (c’est-à-dire qu’on les oublie dès qu’ils ne servent plus à rien pour le scénario…).

Lorsque l’on réalise dans les derniers épisodes qu’il n’y a aucune logique particulière à présenter de nouvelles façons pour l’héroïne de réussir sa mission, il y a un risque clair que le téléspectateur un tant soit peu exigeant « se déconnecte » de "Téhéran"… Heureusement, la qualité générale de l’interprétation nous aide à tenir : on soulignera particulièrement la performance de Shaun Toub, déjà vu dans "Homeland" et plus récemment dans "Snowpiercer", qui crève littéralement l’écran et ajoute une vraie complexité émotionnelle à la série.

On pourra aussi apprécier la révélation finale d’une manipulation bien plus complexe qu’on l’imaginait, mais il n’y a rien là qu’un lecteur avisé de John Le Carré n’aurait pas vu venir… Et regretter néanmoins que le dernier plan, ouvert, laisse présager une seconde saison, franchement inutile…

S’il y a quelque chose dont on aura envie de se souvenir dans "Téhéran", c’est avant tout l’infinie tristesse de l’exil, d’un départ forcé d’une partie de la population (iraniens d’origine juive bien entendu, mais pas que…) littéralement chassée du pays par le régime des Mollahs. Cette douleur du manque du pays que l’on aimera toujours, de la perte des racines, est l’un des sujets – certes secondaires – mais également les plus nobles d’une série qui aurait clairement gagné à moins jouer la carte du divertissement « facile ».