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"A L'abordage" est un véritable petit délice : un film lumineux, positif, gai - qui ne nie pas pour autant l'existence de comportements négatifs, en particulier de la part de ses protagonistes -, et qui nous parle de notre vie avec une simplicité et une pertinence qui semblent avoir largement disparu du cinéma français depuis plusieurs décennies.

"A l'abordage" nous ravit parce qu'il se place clairement du côté du Cinéma de la regrettée Nouvelle Vague (si souvent décriée par les jeunes cinéphiles biberonnés à la prépondérance du scénario et à l'omnipuissance du fameux "divertissement" US) : entre Rozier et Rohmer, si l'on veut. Guillaume Brac est "rohmérien" parce qu'il filme la jeunesse amoureuse et amicale d'aujourd'hui, avec la même absence de préjugés, ou plutôt de jugement, que le faisait le grand Eric, et parce qu'il laisse les sensations de la Nature exister à l'écran, et influer sur le "destin" des personnages. On n'oubliera pas de si tôt ces baignades dans une rivière ensoleillée ou cette épique séance de canyoning (qui se transforme d'une manière très drôle en pugilat...). Il n'est par contre pas "rohmérien" parce qu'il est beaucoup moins conceptuel et que le langage tient moins de place dans son film que chez Mouret, par exemple... ce qui nous ramène sans doute plus du côté de Rozier, avec à la fois un "naturel" plus grand et un goût pour l'absurdité de certaines situations.

Avec des acteurs absolument impeccables - qui n'ont pas peur de rendre leurs personnages détestables quand il faut (encore une aspect "rohmérien" du film, d'ailleurs...) et une construction scénaristique qui semble d'abord très lâche mais conduit le spectateur à une très belle conclusion - certes ouverte - logique, "A l'abordage" n'est pas tout-à-fait encore un GRAND film, mais il reste l'une des plus jolies réussites du cinéma français depuis plusieurs mois.

Voilà un cinéaste à suivre, donc...