Rebecca & Lucie Couverture

On se souvient peut-être du ressort assez drolatique de la comédie policière de Woody Allen, Manhattan Murder Mystery : un couple qui n’a rien de plus intéressant à faire de son temps décide de se lancer dans une enquête et de résoudre une énigme qui n’a peut-être d’ailleurs pas lieu d’être. C’est le même mécanisme qui est en œuvre avec ce Rebecca & Lucie Mènent l’Enquête du québécois Pascal Girard : Rebecca, toute jeune maman en congés maternité et donc lestée de son adorable petite Lucie qui n’est pas encore à la crèche, est témoin d’agissements mystérieux en face de chez elle, et, à l’annonce de la disparition d’un certain Eduardo Morales, émigré latino au Canada, va mener une enquête pas très professionnelle pour comprendre ce qui a pu se passer. Débouchera-t-elle sur quelque chose ou bien se fait-elle seulement des idées, c’est évidemment le sujet du livre, qui, heureusement, nous narre aussi la vie quotidienne de cette jeune femme qui va bientôt devoir reprendre le travail et gérer l’existence complexe d’une double vie entre sa profession et sa famille…

Girard nous livre ici un récit charmant, faussement simple mais finement lucide quant au monde dans lequel nous vivons, et que nous oublions souvent de vraiment regarder : pourquoi Rebecca a-t-elle décidé finalement de devenir détective ? Certainement pas par ennui ou désœuvrement, comme les héros alleniens, mais peut-être parce cette enquête qui va lui permettre d’assumer de fausses identités pour mieux s’approcher de « suspects » est comme une fenêtre sur une autre vie, à un moment où l’arrivée d’un enfant symbolise un avenir tout tracé et stable ? Les toutes dernières cases de la BD semblent en tous cas confirmer que Rebecca a pris goût au « métier »…

Avec un graphisme très simple, une mise en page unique de 12 petites cases carrées sans cadre pour chaque page, et l’utilisation de couleurs vives et gaies bénéficiant de cette légèreté bienvenue typique de la gouache, la lecture de Rebecca & Lucie Mènent l’Enquête s’avère facile et plaisante, grâce aussi à une narration efficace qui sait néanmoins se perdre sur des chemins de traverse, et qui accorde l’attention qu’ils méritent à tous les personnages. Bien entendu, pour nous Français de France, il y a comme cerise sur le gâteau l’exotisme souriant du vocabulaire et des expressions québécoises, qui rajoute encore au plaisir de la lecture.

Bref, un livre faussement simple source de plaisirs pas si convenus que ça. Alors, pourquoi pas bientôt une seconde enquête de Rebecca (et Lucie, si elle peut s’échapper de sa crèche…) ?

Rebecca & Lucie Extrait