Once upon a Time Affiche

1) Certains, comme Quentin, construisent leur vie sur une illusion : ça peut être celle du Cinéma, mais tout aussi bien le football ou la pêche à la ligne. Quelque chose qui leur permette de survivre dans un monde qui n'est pas fait pour eux. Et qui finit par définir complètement leur rapport à la réalité. Quand il filme, Tarantino ne filme que le cinéma : il n'y a jamais eu le moindre reflet de vie dans aucun de ses films, ou alors apporté en contrebande par les acteurs (comme dans "Jackie Brown"...). Le cinéma de Tarantino n'est pas une mise en abyme, ne relève pas d'une démarche postmoderne, "méta". C'est juste que Quentin ne connaît rien d'autre.

2) Ce qui est formidable avec les films de Tarantino, c'est qu'ils redonnent au cinéma sa qualité de spectacle populaire, pourtant perdue depuis un bon demi-siècle : dans la salle, on sent l'excitation avant que ne débute le film, c'est une fête. C'est très joyeux et très beau. Rien que pour cela, on ne sera jamais trop reconnaissants envers le travail, la passion de Tatantino. Qui nous autorise, à chaque nouveau film, de partager la nôtre.

3) Si dans la réalité uchronique de "Once Upon a Time... in Hollywood", les disciples de Charles Manson n'ont pas réussi à perpétrer leur plan diabolique, qui sa bande a-t-elle bien pu liquider ensuite ? Qui a payé le prix fort de la survie de Sharon Tate ?

4) Brad Pitt n'est-il pas le fils caché de Robert Redford ? C'est fou ce qu'il lui ressemble en prenant de l'âge. La même classe à la fois bouleversante et enthousiasmante. Ça s'appelle une star, une vraie.

5) Pourquoi Tatantino cite-t-il dans le titre de son neuvième film son maître Sergio Leone, alors que rien, absolument rien dans ce film n'est 'leonien" ? Pas de lyrisme, pas de démesure, pas d'opéra. Pas de vision - ou même de simple avis - sur l'Ouest, la Révolution ou l'Amérique. Juste la petite ritournelle, souvent touchante, mais quand même convenue, de la nostalgie (qui n'est plus ce qu'elle était...). Ce film, c'est "Amélie Poulain" à Los Angeles.

6) Le western n'est pas un "genre" qui convient à Quentin, malgré - ou à cause même de - l'amour qu'il lui porte. "Les 8 Salopards" était un quasi désastre, et tout ce qui est western ici dégage un ennui insupportable. En dépit du coup d'éclat de l'interprétation de Di Caprio à ce moment là. Enlevez tout ce qui est western de "Once Upon a Time... in Hollywood" et vous avez un film de une heure quarante-cinq qui a un peu plus de "gueule", non ?

7) La culture hippie a été un véritable désastre humain et politique : réécoutez bien tout ce qu'en a dit / chanté Neil Young, par ailleurs pote avec Manson à l'époque. Mais quand même, la haine que Tarantino manifeste ici envers le flower power, évidente dans cette fameuse conclusion grand-guignolesque où il règle ses comptes avec tout ça, semble même dépasser sa haine envers les Nazis. Ça mériterait une petite psychanalyse non ? (Pour se faire une idée un peu plus juste de ce qui se passait alors, mieux vaut se refaire l'excellente série "Aquarius"...).

8) Et donc Bruce Lee était un connard arrogant ? Est-ce réellement choquant au milieu de la Mecque du Cinéma, éternel repaire de connards arrogants ?

9) Sharon Tate était d'une beauté sublime. Elle était une actrice très ordinaire, néanmoins. Polanski, qui avait filmé Deneuve folle et Farrow terrifiée, s'en serait certainement lassé très vite. Il y a des tragédies intimes derrière l'écran scintillant du cinéma, qui n'intéressent pas Tarantino, qui préfère glorifier dans son film un type qui a tué sa femme et a réussi à échapper à la justice. Pas très cool, tout ça.