Cydalima pochette

Plus on plonge dans « l’océan rouge » de la production musicale française, et même en se cantonnant par goût personnel à ce qui peut plus ou moins être étiqueté comme « Rock », plus on est frappé par l’incroyable vitalité de notre scène nationale, et par une qualité généralement très élevée, vitalité et qualité contrastant avec l’impitoyable dureté du « marché musical », qui a peu à peu perdu toute notion de « valeur marchande », privant largement nos musiciens de la possibilité de vivre de leur musique. Soit un constat qui est donc à la fois excitant et dramatique…

Et puis, un beau matin, on tombe sur un album comme Cydalima de Gliz, a priori un trio jurassien encore à peu près inconnu, aux instruments improbables puisque le banjo remplace la guitare électrique et le tuba joue le rôle de la basse. On a lu sans trop oser s’exciter les commentaires du label, qui citent sans vergogne des choses aussi essentielles que Violent Femmes, Morphine, Led Zeppelin ou Radiohead, et on s’est dit que le Marketing superlatif pouvait parfois dépasser les bornes. Et là, il y a un premier titre, The Cave, qui vous renverse littéralement : on arrête tout ce qu’on était en train de faire, on s’installe confortablement devant ses enceintes, la (très belle) pochette (mais illisible sans filtres colorés) entre les mains. On se dit : « Bon, bien joué, vous avez mon attention, j’ai même mis mon téléphone portable en mode silencieux. Mais je ne suis pas dupe, c’est une super intro, mais après, ça va partir en c…, c’est juste pas possible que ces types tiennent à ce niveau-là ! ». 40 minutes plus tard, on est comme un fou à envoyer des SMS aux potes, pour leur signaler l’événement, et un mail à la prod pour en savoir plus. Car 40 minutes plus tard, on est convaincu, même si l’on se remet l’album une seconde fois, plus pour le pur plaisir qu’autre chose : on vient d’écouter un album – français, jurassien même c’est dire – où il se passe QUELQUE CHOSE. Ce qui est beaucoup plus que ce qu’on pourrait affirmer de 90% des albums récents qu’on a écoutés, même venant de grosses pointures internationales. Et le soir tombe alors qu’on est encore en train d’écouter en boucle ce fichu Cydalima, en se demandant bien ce qu’on va pouvoir écrire pour convaincre la terre entière d’écouter cet album, et vite, encore.

Alors, pourquoi ne pas revenir aux lourdes, très lourdes références assénées par la prod ? Morphine, « check ! », pour les instruments non conventionnels mis au service d’une musique qui oscille habilement entre traditionnel et modernité. Violent Femmes, « check ! », pour l’étonnante énergie qui se dégage de morceaux pourtant abreuvés aux sources du rock américain le plus classique, revisité ici comme si c’était littéralement la première fois. Led Zeppelin, « check ! », pour un In Limbo par exemple qui évoquera aux nostalgiques le blues acoustique puissant de Led Zeppelin III. Radiohead, « check ! », même si c’est moins évident, mais il est vrai que le chant – remarquable – de Florent Tissot nous touche au même endroit que la voix hypersensible de Thom Yorke. Mais on pourrait multiplier les références, citer l’esprit de Jack White qui régnerait sur un enregistrement et une production remarquables, signés Nicolas Quéré, qui cherchent avant tout la fidélité au son des instruments et au phrasé du chanteur, dans une absence d’effet qui en exacerbe encore la beauté, ou encore évoquer les mélodies fédératrices qui font chanter en chœur du Razorlight de la grande époque, mais cela ne nous avancerait pas beaucoup. Et nous ne voudrions pas donner la grosse tête à nos amis jurassiens, si ?

Alors contentons-nous de dire que nous ne sommes pas dupes non plus du joli discours « roots » sur la sauvagerie de la nature jurassienne qui inspire une musique plus vraie, plus sincère, etc. Nous, on vit dans les villes, on aime ça, et on n’échangerait pas notre place pour aller se perdre dans les montagnes. Non, la vérité, c’est que Florent Tissot, Julien Michel et Thomas Sabarly, le trio de Gliz, font du Rock et de la Pop exactement comme les plus Grands, qui vivent à Londres ou à New York. La vérité, c’est juste que ces trois mecs ont un talent formidable. C’est tout. Et c’est énorme.

Allez, je vous laisse, je vais aller sauter en l’air et jouer du rock’n’roll devant mon miroir comme quand j’avais quatorze ans, en écoutant l’irrésistible Cydalima – le titre… -, le poignant soul-reggae de Marvel ou encore le blues incendiaire de Fast Lane. En remerciant Gliz pour cet enthousiasme et cette générosité dont déborde Cydalima.