2019 04 12 The Psychotic Monks Astrolabe (27)Il est déjà minuit moins le quart quand le quatuor de The Psychotic Monks attaque son set. Et là, pour parler franchement, eh bien la terre va littéralement trembler. Mon dieu, quelle claque, quel traumatisme même ! Comment décrire ça à quelqu’un qui ne connaîtrait pas la musique du groupe, ou qui ne la connaîtrait que sur les albums, obligatoirement réducteurs ? Peu d’influences claires, et il faut aller un peu loin chercher des références, plus d’ailleurs en termes d’état d’esprit que de musique : disons quand même qu’on serait ici à mi-chemin entre les expériences sonores les plus extrêmes de Sonic Youth et la brutalité émotionnelle inégalée des Bad Seeds de Nick Cave. Avec en plus quelque chose de prog rock dans ces longs passages flottants, et bien sûr des explosions, brèves mais saisissantes, de rage punk ou de chaos heavy metal. Tout ça ? Oui, tout ça, et bien plus encore. Quatre musiciens totalement engagés dans leur musique, dégageant à tour de rôle – car il ne semble pas y avoir de leader en tant que tel dans le groupe, chacun chante et prend la direction d’un morceau à son tour – une émotion inouïe.

A voir dans la salle la frénésie, l’extase s’emparant de certains spectateurs, qui semblent physiquement possédés par la musique de The Psychotic Monks, mais surtout à sentir au fond de moi un bouillonnement de sensations et de sentiments que je n’ai pas retrouvé depuis longtemps en écoutant de la musique, je sais que je suis, que nous sommes, en train de vivre un moment exceptionnel. Un mur de son écrasant, et puis des hurlements (mais quelqu’un hurle-t-il vraiment en dehors de ma tête ?) cathartiques, et puis une accélération libératrice, qui vient se désintégrer dans un bain liquide de bruit abstrait : on passe littéralement par tous les états possibles durant les 45 minutes de ce pandémonium génial. J’ai alternativement les larmes qui me viennent aux yeux, la chair de poule et les cheveux dressés sur la tête : mon dieu, que la Musique est Belle, Forte, Essentielle, quand elle est jouée comme ça, quand elle est habitée ainsi !

2019 04 12 The Psychotic Monks Astrolabe (20)Mais le plus beau reste à venir, le dernier morceau, qui s’appelle Every Sight – je l’apprendrai par la suite, quand au stand de merchandising, on écrira gentiment juste pour moi la liste des morceaux qui ont été interprétés, le groupe jouant sans setlist (à quoi bon une setlist quand on joue tout simplement sa VIE ?) : le petit guitariste qui est juste devant moi (je ne sais pas son nom, mais c’est celui qui ne ressemble pas à un jeune Howard Devoto et qui ne porte pas une robe noire) se met à psalmodier un chant d’une tristesse infinie, puis d’une douleur déchirante. Un chant qui vous saisit progressivement les tripes, puis la tête, pour vous entraîner dans un tourbillon obscur de plus en plus asphyxiant, mais aussi de plus en plus extraordinaire. Avant de finir dans un chaos sonore aussi abstrait que paradoxalement extatique. Pas loin d’être les dix minutes les plus envoûtantes, les plus terribles aussi, que j’aie vécues dans un concert depuis la dernière fois où j’ai vu Nick Cave… pour vous dire l’altitude à laquelle ces Psychotic Monks planent. Et encore, quand j’écoute Nick Cave, je devine le performer, tandis que ce soir, je ne vois plus les musiciens, je ne perçois plus que l’émotion brute. Et brutale.

Sublime.