2019 04 12 Bodega Astrolabe (33)22h15 : Remplacement complet du matériel effectué en une vingtaine de minutes, et ce sont donc maintenant les New-yorkaises et New-yorkais de Bodega qui poursuivent la soirée. Leur musique n’est pas facilement descriptible, ce qui est plutôt bien : elle relève à la fois du concept pointu – une sorte de journal introspectif et pourtant militant d’un jeune couple, Ben et Nikki, affrontant la confusion croissante de notre ère digitale – et de la tradition punk rock et hip hop de la Big Apple. Le fait que leur album ait été produit par Austin Brown de Parquet Courts est évidemment une belle référence, mais Bodega est quand même autre chose qu’une simple poursuite de la brillante saga de la musique new-yorkaise. Manifestes anti-ordinateurs et anti-réseaux sociaux, leurs chansons ont parfois l’excentricité taquine des B-52’s (la voix de Nikki), ce qui rassure un peu si l’on craint la prise de tête avec Ben, qui n’est pas, admettons-le, le leader le plus charismatique du moment ! Heureusement, il y a plein de choses marrantes à regarder sur scène : Nikki, en premier lieu, pétulante cheerleader, qui capture tous les regards, avec sa vitalité rieuse et sensuelle. A sa droite, Madison est un guitariste froid, tranchant, et brillant, dont l’allure évoque immanquablement un jeune Wilko Johnson. Derrière, une batteuse – toute nouvelle – qui frappe ses fûts debout en arborant un look de dur et en nous jetant des regards possédés, et une bassiste cool, comme sont – on le sait bien – tous les grands bassistes de Rock.

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On se rend quand même vite compte que, en dépit d’une ou deux chansons accrocheuses (comme le malin Jack in Titanic…), Bodega a du mal ce soir à mettre le feu à la salle : est-ce le problème de la langue pour une musique qui a quand même un message fort à faire passer ? Ou la relative indifférence d’un public qui n’est VRAIMENT pas venu pour eux ? Toujours est-il que tous les efforts de Ben pour créer de l’interaction, ou même simplement un peu d’excitation, semblent tomber à plat, l’un après l’autre. Le concert tourne peu à peu au marasme, ce qui est quand même un peu désolant quand on sait la réussite de leur récente soirée au Point Ephémère. La fatigue physique du groupe y est-elle pour quelque chose aussi ? Sur la set list – une page de carnet déchirée - que Nikki me tendra gentiment à la fin, il y a écrit « Where are We ? » en lieu et place du nom de la ville…

Heureusement, le long, très long (une quinzaine de minutes au bas mot…) final façon krautrock sur Truth Is Not Punishment va rattraper cette impression mitigée. Il y a enfin une vraie transe qui naît de cette musique répétitive et obstinée. Peut-être auraient-ils dû commencer leur set de cette manière, pour mieux embarquer le public ? En tous cas, j’ai envie de les revoir très vite, dans de meilleures conditions…