Première année afficheOn me dit que, non, ça ne peut pas se passer comme ça en première année de Médecine, pas question d'une amitié entre un triplant et un "vrai" première année... Comme si ça changeait quelque chose… On me dit que Litli parle de l'époque où lui était étudiant, et que les choses ont évolué depuis… En bien ? En mal ? Personne n'est vraiment clair là-dessus… Notre "cher Président" nous promet même que tout cela va changer, que cette sélection impitoyable, ces concours absurdes ("parfaits pour les reptiles", comme il est dit, non sans humour, dans le film…) vont disparaître. Et alors ?

Moi, dans une salle à demi vide de mon multiplexe, un mercredi après-midi, j'ai ri, j'ai pleuré, j'ai vibré : ça c'est du Cinéma ! Du vrai. Qui nous parle de nous, pas de serial killers ni de super héros, pas de trafiquants de drogue ni de génies de la science. De nous, putain ! De nous quand nous étions étudiants et en "chiions comme des Russes" pour prépare nos examens ou nos concours, le ventre tordu par l'angoisse, avec nos parents qui ne comprenaient rien, mais rien du tout. Même que nous non plus, nous ne baisions pas la petite voisine de palier, philippine ou pas philippine : parce que, même à 18, 19 ou 20 ans, il y avait quelque chose de bien plus important que baiser.

Je n'ai pas fait Médecine, et ma grande fille ne fait pas Médecine, mais est en classe prépa (c'est elle qui va demander "pourquoi il lui faut apprendre le bottin", pas "pour quand ?"... Enfin, j'espère…), mais j'ai pensé à elle sans arrêt pendant les 92 minutes magnifiques, oui je pèse mes mots, magnifiques du film de Litli. Car ce film parlait aussi d'elle, de nos enfants à tous : leur avons-nous donné à eux aussi, les "codes" pour réussir ? Ou bien verront-ils les portes se fermer devant eux, confrontés comme l'un des deux "héros" de "Première Année" à l'impossibilité d'arriver au métier de leurs rêves ? C'est une vraie bonne question, une question fondamentale même, et le film la pose, et la formule bien. Donc je le répète, ce film parle de nous, de nos enfants. Je pense quant à moi que c'est ça, le rôle primordial du cinéma… mais je sais que peu de gens pensent comme moi. Je me réfère souvent à la fameuse citation de Morrissey "Pendez le DJ, car la musique qu'il joue ne me dit rien sur ma vie !" : voilà une phrase encore plus pertinente pour le cinéma.

Bref, je suis sorti de la salle sur un petit nuage, même si j'ai, comme tout le monde, été un peu déçu par le happy end enfilé au chausse-pied, un happy end dont "Première Année" n'avait nul besoin, parce qu'il avait dit toutes les choses importantes avant. Mais ce n'est pas vraiment grave : j'avais chanté, hué, pleuré, souffert, vibré avec tous ces étudiants pendant une heure et trente-deux minutes. Ca, c'est du Cinéma !

PS : Bravo à Vincent Lacoste et William Lebghil, dont l'amitié dans la "vraie vie" nourrit magnifiquement l'amitié dans le film. Ils sont tous deux pour beaucoup dans la réussite de "Première Année".