kafka sur le rivage

"La responsabilité commence avec le pouvoir de l'imagination."

"Kafka sur le rivage" est sans doute le livre le plus fameux de Murakami, alors que tout habitué de l'oeuvre du maître conviendra que c'est l'un des moins réussis. Roman d'initiation des plus classiques, ressassant des banalités freudiennes usées et recyclant sans rien en faire le vieux complexe d'Oedipe, il échoue à nous transporter là où les grandes réussites du maître ("1q84" bien sûr, mais aussi par exemple "Chroniques de l'oiseau à ressort") le font, vers un fantastique enchanteur qui nous touche du manière incroyablement initime.

Oh, ce pavé de plus de 600 pages ne manque pas de passages formidables, comme la surnaturelle introduction de l'incident avec la classe au cours de la seconde guerre mondiale, ou, bien sûr, la sublime et sensuelle passion entre Kafka et Mlle Saeki, à 15 ans comme à 60. De même, tout ce qui tourne autour de Nakata, fascinante coquille vide qui parle aux chats, nous offre de savoureux moments drôlatiques. Il contient en outre nombre de réflexions passionnantes de Murakami "sur la vie", qui ont certainement contribué à sa réputation de "profondeur", et en font un excellent "livre de chevet", dont on aura envie de relire régulièrement des passages...

On regrettera donc d'autant plus le choix curieux de Murakami de nourrir ce long récit un peu plus superficiel et mécanique qu'à son habitude d'idées saugrenues, comme la matérialisation de Johnny Walker ou du Colonel Sanders, voire même d'une scène de violence particulièrement atroce pour qui aime les chats, scène excessive qui tranche avec la subtilité coutumière de son oeuvre...

"On se lasse très vite de ce qui n'est pas ennuyeux, alors que les choses dont on ne se lasse pas sont généralement ennuyeuses..."