brutalismPunk un jour, punk toujours ! En 2017, quarante ans après la guerre civile à Londres, nous nous trouvons - contre toute attente - de nouvelles IDOLES (écrivez IDLES et brûlez un cierge à une telle indolence !). "Brutalism", titre parfaitement approprié, mets autant le feu à mon cœur qu'aux rues de Londres, au point qu'en ce moment, je jure à tous mes amis que voilà des années que je n'ai pas entendu une déflagration d'une telle intensité, ni des cris de rage aussi bouleversants. Je pense aux Pistols, bien sûr, pour la voix gouailleuse de Joe Talbot. Au Clash pour les revendications ironiques, poétiques par fois mais lucides, et... cruelles ("The best way to scare Tory is to read and get rich" ou encore, à propos de la destruction du système anglais de santé : "A loved one perished at the hand of the barren-hearted right"). Mais ni les Pistols ni le Clash ne jouaient comme IDLES, aussi bien ni aussi radicalement : le post punk est bien sûr passé par là, avec ses batteries qui creusent de nouveaux orifices dans votre crâne. Avec ses sons de basse qui claquent comme des tendons qui pètent sous la torsion. Le grunge et les désillusions de notre siècle aussi, qui nous ont appris à nous auto-déprécier sans honte ("My friend is so depressed / She wanted to have sex / I pissed in the kitchen sink / As she slowly undressed"). Mais on peut à l'inverse remonter au "Fun House" stoogien pour trouver une telle générosité dans l'épandage de napalm ("Heel/Heal" est l'intro d'album la plus clivante entendue depuis un bail : ceux qui y résisteront - sans même parler d'en jouir comme c'est mon cas - pourront continuer leur chemin !)

Il paraît que Joe Talbot aurait composé ces chansons de révolte viscérale suite au décès de sa mère : "My mother worked 15 hours per day, 5 days a week / My mother worked 16 hours per day, 6 days a week / My mother worked 17 hours per day, 7 days a week", se souvient-il, avant de conspuer les Mother... fuckers qui en ont profité. "How many optimists does it take to change a lightbulb? None! Their butler changes the lightbulb" : ça vous faire rire ? Réfléchissez deux minutes, et votre rire devrait vous nouer la gorge... !

Ce qui éblouit pourtant dans "Brutalism", c'est la surprenante versatilité du groupe à l'intérieur des codes du punk rock : de la pop chahutée de "Rachel Khoo" au baston au pub entre lads en sérieux état d'ébriété de "Exeter", en passant par les anathèmes éternels du genre, les clichés que l'on croyait bien usés sortent régénérés du traitement de choc qu'on leur impose. Chaque titre, ou presque, déborde littéralement d'intensité, et l'orgasme multiple est inévitable (le pourtant désespéré "Benzocaine" ou le radical "White Privilege" sont ainsi imparables). Mais c'est sans nul doute le dernier titre, le seul lent de l'album, "Slow Savage" qui causera le plus de dégâts : "Cause I’m the worst lover you’ll ever have / Hands down, goddamn worst lover you’ll ever have / La da dai, la da dai, la da dai, la da dai". Fuck it ! IDLES n'est pas qu'un IMMENSE groupe PUNK, c'est un groupe IMMENSE tout court.

PS : Et n'oubliez pas le meilleur slogan de nos années 2010 : "Always Poor / Never Bored!"