SantanaCet album, le premier de Santana (de Carlos Santana, jeune guitariste prodige - mais piètre chanteur - alors fraîchement débarqué du Mexique, et de son groupe éponyme) fut largement éclipsé dans la mémoire populaire par l'explosive interprétation qui en fut livrée à Woodstock, et que Michael Wadleigh immortalisa dans son film. Si la version de "Soul Sacrifice" qui figure sur cet album est clairement moins extraordinaire que celle, live, qui conféra au jeune batteur prodige du groupe une célébrité mondiale, il convient de se rappeler combien ce cocktail aphrodisiaque de blues, de jazz, de soul et de rythmes latins révolutionna en 1969 le petit milieu californien qui sortait encore largement hébété des brumes de l'été des fleurs. "Santana" offrait en effet derrière sa superbe pochette mystique et sensuelle une musique alors inédite, virtuose (Carlos n'était déjà pas un manche avec sa six-cordes, et les rythmiques sont diaboliques) et pourtant extrêmement humaine, voire terre-à-terre. Combinant ce désir de spiritualité essentiel à la crédibilité musicale de l'époque avec un goût prononcé pour les ambiances torrides, fortement sexuées... soit la recette parfaite d'un succès qui allait perdurer presque tout au long de la carrière de Santana.

... Même si, reconnaissons-le, cela ne sera plus jamais aussi bon que cette "première fois", où la chaleur de cette musique contribua largement à la perte de notre pucelage.