Frantz affiche

Il y a d'abord un peu de surprise à voir Ozon assumer avec "Frantz" une forme aussi classiquement sage, pour le meilleur (une indiscutable subtilité dans la représentation d'un pays vaincu, égaré entre deuil et soif de revanche, une véritable oreille musicale quant à l'utilisation des deux langues du film) et parfois le pire (le stéréotype toujours pénible du passage à la couleur comme "symbole"). Bien sûr, derrière la reprise d'une pièce de théâtre apparemment déjà adaptée en mélo humaniste par Lubitsch, on reconnaît aisément les thèmes habituels d'Ozon, et en particulier le mensonge comme révélateur d'une vérité plus profonde. Mais paradoxalement, peut-être à cause d'une certaine maladresse dans la construction du récit (la seconde partie, française, moins réussie d'ailleurs, en écho de la première ; le truc des deux "révélations" pour relancer le film qui peine un peu...), on se lasse finalement des enjeux théoriques de "Frantz" pour s'intéresser au splendide retour à la vie d'une jeune femme étouffée par le deuil, superbement interprétée par une jeune Allemande inconnue chez nous, Paula Beer. A elle seule, elle justifie pleinement l'intérêt que l'on peut porter au film, et conforte encore la réputation justifiée de Ozon, directeur d'actrices et filmeur de femmes.