Troupe-délite-2

Si le premier "Troupe d'élite" avait été une claque cinématographique indiscutable, l'un de ses grands intérêts était la mise en pleine lumière de l’ambiguïté fondamentale de la lutte armée contre le crime, selon la vieille équation que utiliser les armes du Mal contre le Mal revient à se pervertir (débat que la lutte contre le terrorisme réactualise d'ailleurs...). "Troupe d'élite : l'ennemi intérieur" est certainement beaucoup plus consensuel, et ne saurait être accusé de complicité avec la violence fasciste de la police, dans la mesure où l'ennemi est cette fois le système politique lui-même. Qui vit ou a vécu au Brésil sait que Padilha et ses scénaristes touchent l'une des grands vérités du "système" brésilien, et le film - indiscutablement plus "moral", donc moins perturbant aux yeux des spectateurs européens - doit être vigoureusement applaudi pour son audace (... même si, bien entendu, un film ne changera rien !). Bien entendu, cette vigueur de la politique-fiction, de la dénonciation lucide de la corruption mafieuse typique de Rio de Janeiro (mais pas limitée à Rio, les derniers plans surplombant Brasilia sont clairs à ce propos...), ne fonctionnerait pas aussi bien sans la force de la mise en scène, à la fois sèche et explosive, et sans la complexité impressionnante du jeu de Wagner Moura, un grand acteur brésilien qui mérite une reconnaissance internationale. "Tropa de Elite 2" est un beau film politique, ainsi qu'un superbe thriller réaliste, qui réconciliera tout le monde, fans ou détracteurs du premier "Tropa de Elite".