Fargo S4 affiche

Surprenant "décrochage" opéré par Noah Hawley pour sa formidable série "Fargo" : la quatrième saison prend place à Kansas City, loin de Fargo donc - qui sera quand même évoqué dans l'histoire - et retrace l'évolution de la mafia locale pendant les années 50. D'abord d'origine juive, puis irlandaise, et enfin italienne - au rythme des immigrations -, cette dernière organisation confrontée à une tentative de mise en place d'une organisation concurrente afro-américaine -, le crime organisé local va évidemment passer par nombre de péripéties sanglantes - et un tantinet absurdes, "Fargo" restant "Fargo"...

On appréciera, logiquement, ce parti pris "politique" de Hawley, à un moment où l'Amérique s'interroge sur la reconnaissance de la place de la population afro-américaine dans la société : et pourquoi les opprimés ne seraient-ils pas des gangsters aussi crédibles et professionnels que les blancs, on vous le demande ? Dans l'un des rôles principaux, Chris Rock s'avère particulièrement convaincant d'ailleurs, plus en fait que son homologue "italien", joué avec un peu trop de fantaisie sans doute par Jason Schwartzman.

Même si le contexte et le scénario sont assez différents de ce à quoi "Fargo" nous a habitué dans ses trois premières saisons, on retrouve suffisamment du même humour à la fois décalé et cruel pour ne pas perde totalement ses marques, en dépit d'un certains nombres de codes régissant les guerres des gangs qui semblent inchangés depuis "le Parrain" de Coppola.

Le plus intéressant de cette saison, si l'on excepte un magnifique épisode 9, très formaliste avec son image en Noir & Blanc, qui est un pur hommage au style et aux thèmes des Frères Coen, c'est peut-être en fait le personnage de l'infirmière psychopathe superbement interprétée par une Jessie Buckley qui, entre caricature déjantée et déviance inquiétante, confirme la très forte impression qu'elle nous avait déjà laissée dans "Je veux juste en finir" : le plaisir qu'on retire encore une fois de "Fargo" lui doit beaucoup.