The Mirror Affiche

L'intérêt que je porte à Mike Flanagan depuis la double réussite qu'ont constitué "Gerald's Game" et surtout "The Haunting of Hill House" m'a naturellement poussé à vouloir découvrir le début de sa filmographie déjà longue. "Oculus", traduit "en français" par "The Mirror" était déjà le cinquième long-métrage de Flanagan, dont la maîtrise de la mise en scène était déjà évidente. Ainsi, sont clairement reconnaissables ici les caractéristiques de son "style", en particulier un sens très juste de rythme de narration, plutôt lent - ce qui est un "plus" pour moi - mais toujours parfaitement en phase avec la construction d'une atmosphère oppressante et passionnante à la fois, essentielle à la réussite d'un film de "terreur".

Ce qui fascine évidemment dans "The Mirror", c'est combien il constitue une sorte de "brouillon" du chef d'oeuvre absolu que sera "The Haunting of Hill House", puisqu'on y trouve déjà une construction en deux époques, oscillant entre enfance et âge adulte des deux protagonistes, un drame et un traumatisme centré sur une maison, et la complexité des rapports entre frère et sœur, ainsi que parents et enfants. La terreur que peut représenter pour des enfants impuissant le basculement progressif de leurs parents dans la folie, meurtrière qui plus est, évoque aussi bien sûr le "Shining" de Kubrick / King, et montre la cohérence des obsessions de Flanagan.

Si l'on pourra déplorer encore quelques (rares) facilités dans certains moments horrifiques, Flanagan maintient au cours de tout le film une vraie intelligence de son propos, qui tranche nettement déjà avec le tout-venant du cinéma fantastique "pop-corn". Ce qui ne signifie pas que "The Mirror" soit un film complètement réussi, malheureusement. Car si la première partie est convaincante, culminant avec une magnifique scène de statues recouvertes de draps, le fonctionnement du film se dérègle peu à peu, au fur et à mesure que les illusions créées par le fameux miroir "diabolique" contaminent l'esprit des deux "héros" : puisque tout peut arriver et que rien ou presque n'est réel, comment s'intéresser à ce que nous montre Flanagan ? Certes, il y a ça et là un jeu intéressant entre réalité et virtualité, comme au moment du meurtre du petit ami, ou lors de la scène finale - même si cette dernière a été bien annoncée depuis un moment, et ne surprendra personne -, mais l'accumulation exagérée des basculements entre les deux époques et des hallucinations épuise trop rapidement l'imagination du spectateur, qui se trouve placé malgré lui dans la désagréable posture de l'observateur incrédule et détaché. Et donc insensible à la tragédie que vit cette fratrie, dont il ne peut guère s'empêcher de penser que, comme dans des bien des films fantastiques ordinaires, elle aurait pu tout-à-fait s'éviter ce retour éminemment risqué vers un passé aussi dangereux !