Celle qui fuitAvons-nous trop vite porté aux nues Elena Ferrante ? La déception, teintée d'un léger ennui que suscite "Celle qui fuit et celle qui reste", troisième volume un peu raté de cette "Amie Prodigieuse" au succès commercial étonnant, soulève la question. Sans doute pas, si l'on reconnaît que le style "entraînant" de Ferrante continue à jouer à plein régime sur un lecteur qui lâchera difficilement son livre et le dévorera à un rythme finalement plus typique de la lecture mécanique d'un polar commercial. Peut-être, si l'on établit le bilan mitigé de sa lecture en le refermant : le ressassement du thème désormais usé jusqu'à la corde du sentiment d'infériorité et des doutes existentiels de la narratrice nous a fait parcourir pour la troisième fois, et non sans irritation, le même cercle vicieux d'une existence dont la seule nouveauté est qu'à l'enfermement dans la pauvreté d'un quartier sordide de Naples a succédé la prison d'une vie conjugale banale. Plus problématique encore est l'échec de faire revivre pour nous l'énergie folle d'une époque - celle des révolutions - qui aurait mérité autre chose que d'être simplement vue à travers le prisme de l'impuissance littéraire et de la confusion politique de Lenù. Il faut en arriver à la toute dernière partie du livre, celle de la passion qui déferle enfin, pour que le grand'oeuvre de Ferrante retrouve ses couleurs et cette énergie vitale qui nous l'avait tant fait aimer.

Nous aborderons donc le dernier chapitre de "l'Amie Prodigieuse" avec un mélange instable d'anticipation et d'anxiété...