perceval_le_gallois-affiche"Perceval le Gallois" était le seul film de Rohmer que j'avais toujours refusé de voir, un peu effrayé par le hiératisme de scènes entrevues çà et là : il s'agit pourtant d'une oeuvre marquante, à côté de laquelle il ne faut pas passer... même si le regarder en deux fois permet d'échapper à l'effort qu'impose sa durée excessive ! S'il y a des éléments un peu ratés - comme les parties musicales / chantées pénibles, ou comme le dernier chapitre, religieux et un peu ridicule, assimilant Perceval au Christ - ce film-anomalie engendrera chez un spectateur patient pas mal de plaisir, ou au moins de réflexions stimulantes. Car l'intuition de Rohmer, qui ne croit pas qu'on puisse filmer le passé en le mettant en scène dans le monde présent, de créer un decor stylisé reprenant les codes de représentation du Moyen Âge, puis de filmer acteurs et chevaux s'ébattant dans ce décor de manière "documentaire", questionne intelligemment nos préjugés quant au réalisme (même si sa réussite sera bien plus grande avec "l'Anglaise et le Duc"). Car le texte de Chrétien de Troyes, qu'il a lui-même joliment traduit tout en conservant son archaïsme, est souvent très bon, et que la fiction "feuilletonnante" des aventures du "valet Perceval" et, accessoirement, de son ami Gauvin, alternant combats brutaux et séduction sans complexes de "moult pucelles" à "baiser", est assez rude ! Double cerise sur le gâteau, la légende du Graal, magique (le silence est ici un péché... on est bien chez Rohmer !), et surtout l'interprêtation passionnée de Luchini, qui "crève déjà l'écran".