munich

Il faut certes oublier la maladresse quasi-terminale (une faute, ça s'appelle...) du montage parallèle entre le carnage de Munich et les tourments sexuels du "héros", mais sinon, force est de constater que Spielberg avait réussi avec ce "Munich" un autre film profondément pessimiste, presque aussi nauséeux que sa "Guerre des Mondes". L'intelligence de la réalisation (comme souvent chez le Spielberg actuel, la mise en scène joue alternativement dans un registre de réalisme très années 70, puis avec les codes du thriller Hitchcockien, et distille une angoisse imparable...) est mise ici au service d'un film anti-commercial, où au suspense du thriller annoncé se substitue progressivement une paranoïa aiguë et un dégoût viscéral pour la violence. Et c'est ce dégoût qui permet au film de transcender le débat qui a fait rage à sa sortie : peu importe si le film est plus anti-arabe qu'anti-israélien, ou vice-versa, il est avant tout une démonstration terrible de l'absolue inanité de la violence, et de la dégradation irréversible que celle-ci exerce sur l'humanité. Et ça, ça reste plus que pertinent dix ans plus tard, alors qu'au terrorisme "politique" de Septembre Noir s'est substitué le terrorisme aveugle et absurde de Daesh... Par contre, si les acteurs sont tous exceptionnels (petite mention pour Michael Lonsdale, improbable mais délicieux chef de famille œuvrant dans l'espionnage à grande échelle !), on regrette que le courage réel qu'il y avait à traiter un sujet aussi difficile que la justesse morale et l'efficacité politique de la violence de l'état d'Israël, n'ait pas débouché finalement sur un vrai film politique, Spielberg étant plus à l'aise avec les tourments intimes de son héros.

(A noter quand même que le dernier plan de "Munich" - les 2 tours - était en 2005 un "political statement" courageux de la part de Spielberg en pleine ère Bush...).