Looper"Looper" a été tellement unanimement célébré par la critique - américaine surtout - en tant que nouveau fleuron de la science-fiction intelligente qu'il est difficile de ne pas être légèrement déçu en le découvrant. Ce qui est effectivement fort dans le film de Rian Johnson, c'est la conjonction bien maîtrisée d'un beau scénario sur le passionnant et difficile sujet du voyage dans le temps - hormis un élément qui m'a échappé,et qui fait qu'il faudra de je revoie le film, l'histoire se déploie superbement, et de manière toujours inattendue jusqu'à une belle conclusion logique -, de jolies idées futuristes - les Etats Unis livrés à la violence criminelle et à la pauvreté, la Chine comme avenir du monde -, et d'une interprétation plus qu'impeccable (la palme revenant quand même à un Jeff Daniels particulièrement savoureux !). Alors qu'est-ce qui cloche dans "Looper" ? Tout simplement l'absence d'une vraie mise en scène, d'un regard, d'un style, qui élèverait le film au dessus d'une simple série B réussie : car Johnson mélange tout, l'efficacité un peu bourrin du blockbuster hollywoodien de base, le postmodernisme du polar de Hong Kong, les bouffées délirantes du cinéma coréen, les codes du western classique, sans jamais nous convaincre qu'il sait vraiment ce qu'il fait. Son film devient meilleur quand il l'ouvre aux émotions, à l'amour, puis se perd à nouveau à chaque fois qu'il veut nous faire ricaner - ce qui est une erreur particulièrement grossière par rapport au sujet et au ton général de "Looper"... Dommage !