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Pendant une bonne demi-heure, j'y ai cru. Mes yeux sont même devenus humides quand la nouvelle Mary Poppins a utilisé son sac sans fond pour en extirper des objets absurdes et en peupler une baignoire devenue un océan exotique sous lequel on peut respirer et même chanter. Puis j'ai peu à peu déchanté...

Aucune chanson mémorable, des ballets citant docilement ceux du premier film mais filmés avec un manque de grâce absolu, et surtout une redoutable absence d'imagination, ce qui est quand même absurde quand on prétend faire renaître "Mary Poppins". Je n'ai pas compris non plus l'essence du projet, simple ballade nostalgique sur les traces d'un classique, alors qu'il me semblait idéal pour faire le point sur les avancées technologiques de l'animation (réalisé avec l'inventivité formelle de "Spiderman : new generation", ça aurait quand même eu plus de gueule, non ?).

J'ai surtout détesté l'intrigue faiblarde (on voit dès le début où est le fameux document disparu, ce qui fait qu'on passe tout le film en attendant son retour sans surprise...) à la conclusion politiquement indigne, voire dégueulasse : pour la maison Disney, bien entendu, les pauvres qui s'en sortiront sont ceux qui ont joué le jeu du capitalisme et mis prudemment leurs économies à fructifier chez les meilleurs spéculateurs du marché (et d'ailleurs, si l'on éjecte de temps à autre un fruit pourri, le reste des banquiers est constitué de gens au grand coeur !).

Et tout cela finit de façon pachydermique, hideuse et absurde, avec une dernière vexation gratuite pour ce pauvre Colin Firth, qui aurait dû réfléchir avant de ramer dans cette galère, et un retour bien réactionnaire à la "normale".

Si Rob Marshall, qui n'a jamais réalisé un seul film intéressant, confirme son incompétence, c'est un crève-cœur que de regarder la superbe Emily Blunt essayer - en vain - d'insuffler un brin de mélancolie et d'étrangeté dans cette absurde machine sans âme.