La Belle et la BeteFin d'année 1991, mon fils avait 4 ans et je l'avais logiquement, comme à chaque fois, emmené voir le nouveau Disney. Depuis une paire de films, les Studios avaient retrouvé une certaine dignité par rapport aux terribles décennies précédentes et ce n'était plus trop une purge que de voir leur production annuelle. De fait, cette "Belle et la Bête" s'était avérée "regardable", malgré son sujet bien édulcoré (on n'est pas chez Cocteau, c'est clair !), et une partie "musicale" assez faible - soit au final les défauts Disney habituels, presque attendus... Un retour de la vieille magie ? N'exagérons rien : disons que la découverte du château enchanté et surtout des jolis "meubles" animés est à la fois savoureuse et amusante. Bien sûr, tout se gâte rapidement quand on s'approche de la résolution de l'intrigue, et que la fiction emprunte les chemins les plus conformistes, voire les plus niais... On ne peut qu'être étonné (à chaque fois) de la capacité qu'ont les scénaristes de Disney d'enlever tout sous-texte psychanalytique, politique ou même poétique aux sujets qu'ils adaptent, condamnant le travail du Studio à une invariable médiocrité de "fast food" cinématographique.

Revoir "la Belle et la Bête" en 2016 nous expose à une déception encore plus violente, esthétique celle-là : car le film est d'une laideur absolue, entre son graphisme traditionnel régulièrement bâclé (jeux maladroits avec les premiers plans, traits simplifiés à l'extrême lorsque les personnages sont lointains), un début d'utilisation de l'image générée par ordinateur qui a horriblement vieilli, et surtout les formes et les couleurs kitschissimes des décors. Encore un exemple criant des dommages que l'Empire Disney cause à l'éducation esthétique de nos chères têtes blondes !