black mass afficheOn avait perdu Johnny Depp. Celui qui fut l'un de nos acteurs préférés pendant une bonne décennie prit un mauvais chemin à la suite du succès commercial de son interprétation "keithrichardsienne" de "Pirates de Caraïbes" et disparut peu à peu de notre radar. L'excellente nouvelle de ce "Black Mass", qui décrit de manière (trop) classique le parcours d'un criminel psychopathe de Boston et son alliance infâme avec le FBI local, c'est que NOTRE Johnny est de retour. Et il n'est pas content ! Plus d'hystrionisme ici, plus de minauderies, mais une froideur implacable, un vide abyssal de l'âme qui passe par un regard mort, une parfaite économie des gestes et des mots : Whitey Bulger restera l'une des meilleures interprétations de la carrière de Depp, et mériterait un oscar si les oscars allaient à la sobriété (ce qui se saurait...). Pour le reste, "Black Mass" commence superbement, avec son rythme mesuré qui ne rechigne pas devant des moments de lyrisme discret, à la manière du grand cinéma classique, avec sa manière patiente de conter une histoire pas si simple que ça... Puis notre intérêt se dissout peu à peu, la faute à une mise en scène qui ne sait pas changer de rythme, élever le film vers une certaine transcendance, ou contraire le faire chuter vers la tragédie classique, comme un grand réalisateur (ce que n'est pas Scott Cooper, qui nous avait pareillement déçu avec "les Brasiers de la Colère" et "Crazy Heart") aurait su le faire. La faute aussi à la faiblesse du personnage-clé de John Connoly, mal interprété par un Joel Edgerton visiblement mal à l'aise et dépassé par le talent de ses partenaires (Cumberbatch et Bacon sont là aussi, ce qui n'est pas rien !) : alors qu'il devrait être le centre de gravité du film, il n'est qu'une victime collatérale d'une histoire qui le dépasse, ce qui amenuise grandement l'intérêt. En tous cas, welcome back, Johnny !