2023 01 22 Stephan Eicher Cigale (22)

20h05 : Sur scène, un décor inhabituel, original : une grande table avec des bougies, des verres de vin, comme pour un repas entre amis. Derrière, des armoires, toutes fermées, dont une qui s’ouvre pour laisser entrer les musiciens, qui s’assoient autour de la table. Ils sont trois à accompagner Stephan Eicher, un guitariste (occasionnellement bassiste et responsable des percussions), un pianiste, et une jeune femme à la harpe.

Le concert est consacré au nouvel album, pas de surprise donc qu’il s’ouvre, comme Ode, sur Sans Contact ; il se refermera sur Eclaircie, et 10 titres sur les 12 seront interprétés, dommage pour ceux qui ne l’ont pas encore écouté ! Le son, excellent comme toujours à la Cigale, met la voix de Stephan en valeur, mais saura se faire plus puissant lorsque le groupe montera dans les tours, même dans une configuration que l’on peut qualifier de semi-acoustique, comme sur le Plus Léger au Monde, qui, comme sur l’album, décolle dans sa dernière partie en célébration de l’électricité et du Rock’n’Roll. Mais le premier vrai moment d'intensité naîtra avec l'électrique – et peu connu - Dans Tous les Bars (Eh, Stephan ! Pourquoi ne pas nous offrir un jour un vrai set rock, bruitiste et extrémiste ? Souviens-toi de tes débuts dans les années 80, beaucoup plus expérimentaux !). S’ensuit néanmoins une rupture bouleversante avec Prisonnière, l'un des grands titres du chef d'œuvre Homeless Songs.

Stephan aime agrémenter son set de plaisanteries et d’un dialogue mi-figue, mi-raisin avec le public. Bon, l’humour bernois ne saurait concurrencer l’humour anglais, mais nul n’est responsable de son lieu d’origine, après tout. On aura bien apprécié, même si ça n’a peut-être pas été du goût de tout le monde, quand Eicher interrompra le refrain de Pas d’Ami Comme Toi et son « Non, non, non ! » pour moquer le goût immodéré des Français pour le mot "Non" (une référence claire aux manifestations anti-réforme des retraites et anti-Macron, réélu pourtant sur son même programme…) ! Ou, dans un registre moins polémique, quand il se chicanera avec son jurassien de guitariste. Ou encore, à la fin du concert, quand il nous fera des tours de « mentaliste » (ou de menteur, plutôt).

Des Hauts et des Bas, seul extrait ce soir du magnifique Carcassonne, bénéficie du remplacement des guitares électriques et de la batterie originale, très années 80, par le piano et la harpe qui lui confèrent une légèreté bienvenue… un peu gâchée par l'habitude si française, et tellement déplacée, du public qui frappe dans ses mains – généralement à contre-temps ! - pour exprimer sa satisfaction. La mélodie du vieux, vieux tube, Combien de Temps, est entamée sur les verres de vins. Les coffres du décor s'ouvrent enfin, dévoilant un beau fatras d’automates musicaux, une boule à facettes et une sorte de décor blanc indiscernable (une ville blanche ?).

2023 01 22 Stephan Eicher Cigale (28)

Sur le final de Rêverie, s’élève la menace, répétée avec de plus en plus de force : « C'est un chant militaire qu'on entend monter, si bien qu'on doit faire attention ! », on se dit que, même si ce n’est pas leur créneau habituel, Djian et Eicher devraient bien ainsi monter plus souvent au créneau contre la bête immonde. Sur 1000 vies, c’est le pianiste qui se met à la batterie pour l'envol final du morceau, et avec Doux Dos, son allitération maline, sa guitare très électrique et sa batterie, on entre dans la dernière partie du set, plus enlevée, plus Rock. Eicher se lève enfin de sa chaise pour le très fort Autour de ton Cou... mais c’est pour se rasseoir dès qu’on lui rapporte sa guitare accordée !

Stephan, qui nous expliquera que « le monde est si merdique qu'il faut des magiciens ! », nous fait une bonne blague de mentaliste pour lancer son évident et incontournable Déjeuner en Paix, après un court clin d’œil à ses débuts punks dans Grauzone (Eisbär, nous semble-t-il…) : après une intro à la harpe (jouée par une jeune femme qui n'était pas encore née quand la chanson a été composée…), c’est une version très rock qui nous est offerte. L’enthousiasme est général, on peut enfin se lever et courir vers la scène pour assister à la fin du concert dans des conditions plus appropriées !

Un seul couplet de Ce Qui Me Peine, à la demande d’une spectatrice, et le set se boucle sur Tu Ne Me Dois Rien (avec un « tour de magie » malin qui permet de coordonner les sonneries des minuteurs des smartphones du public avec le break de la chanson !), puis avec le retour à la lumière, l’envol d’Eclaircie

Pour le rappel, en bonus, Stephan nous offrira la surprise du délicieux Né un Ver, avant la valse sombre de Djian's Waltz, qui prouve qu’on ne saurait clore cette heure quarante d’émotion sur une note trop positive.

« Les imbéciles se trompent / Et les autres font pire / … / Il n'y a rien à répondre / Il n'y a plus rien à dire… » : pas de happy end en 2023…