Stuffed Foxes 1280x1280

Quiconque a eu la chance d’assister à un concert de Stuffed Foxes peut témoigner en toute sincérité de l’impact inhabituel, pour ne pas dire exceptionnel, du groupe lorsqu’il joue sur scène, devant un public. A l’ouverture du dernier festival Levitation à Angers, tous les spectateurs jurèrent à la fin du set de 40 minutes des Tourangeaux que le festival était d’ores et déjà une réussite, puisque ce que Stuffed Foxes nous avaient offert un moment d’intensité quasiment parfait, l’un de ceux qui justifient pleinement notre passion pour la musique. Ceci posé, le problème pour Stuffed Foxes reste de trouver la manière de transposer cette furie électrique live en studio, de manière à offrir aux attentes de son public un disque qui ne soit pas décevant, mais qui soit également une proposition différente (tant on sait que, dans l’histoire du Rock nombreux sont les groupes exceptionnels en live qui n’ont jamais sorti un seul album vraiment digne d’intérêt…).

L’avantage qu’ont par contre Stuffed Foxes sur la concurrence – nombreuse, talentueuse et active en France – c’est la difficulté qu’on a naturellement à leur coller la moindre étiquette : post-punk, krautrock, psyché, post-rock, voire progressive, leur musique revêt tour à tour chacun de ces styles, tous importants en 2022, tous porteurs de courants musicaux féconds à travers le globe, sans jamais en adopter réellement un : en cherchant une radicalité sonique qui conduise l’auditeur sur le chemin d’une transe, Stuffed Foxes réussissent quasi systématiquement à les transcender à un moment ou à un autre. C’est donc, bien logiquement, le chemin qu’a suivi le groupe pour son premier album : aborder tour à tour, et parfois à l’intérieur d’une même chanson, chacun de ses styles, pour nous montrer comment Stuffed Foxes se l’appropriaient, en faisaient leur musique à eux.

Songs / Motion Return est le second album de Stuffed Foxed en 2022, après Songs / Revolving paru en janvier. Comme la similitude de pochette le suggère, il peut être considéré comme le second volume d’une œuvre unique, et il a d’ailleurs été enregistré dans les mêmes conditions et avec la même équipe que le premier chapitre. Pourtant, il ne souffre d’aucune répétition mais frappe dès son introduction – Recurring, nouveau titre majeur du groupe - par une conjugaison inédite de froideur déterminée et d’expérimentation formelle. Il n’y a à proprement parler qu’une seule « vraie » chanson parmi les 7 titres de l’album, Hovel, si l’on définit une chanson par l’existence d’une mélodie un peu accrocheuse et d’un texte chanté… mais même dans ce cas, on bascule finalement dans des dissonances inattendues, qui trompent nos attentes initiales. Pour qui aime le rock violent et incandescent, Rough Up est le sommet garage psychédélique du disque, mais s’effondre finalement dans un chaos bruitiste. Le final post-punk impérieux de Modern Mother & Gods, où les claviers rajoutent une majesté est une conclusion impressionnante d’un disque qui évite finalement le piège bien connu de la redite et de l’épuisement de l’inspiration initiale qui met à mal tant de seconds albums.

Un disque à écouter au maximum de volume possible (mais en version non compressée pour préserver votre cerveau !) en attendant de pouvoir témoigner in vivo de la transcription sur scène de ces sept morceaux tueurs.