Trois Mille Ans Affiche

Ceux qui ont suivi la carrière de George Miller au delà de la réussite spectaculaire de sa saga Mad Max savent depuis longtemps qu'on a affaire là à un réalisateur curieux, original, toujours prêt à repousser les limites des différents genres qu'il explore, du film pour enfants (Babe) au fantastique féministe kitsch (Les Sorcières d'Eastwick) en passant par l'animation et la comédie musicale (Happy Feet).

Nulle réelle surprise de le retrouver, avant le retour de Furiosa, aux commandes d'un projet aussi délirant que ce Trois Mille Ans à t'Attendre : réflexion à la fois ambitieuse par la multiplicité des thèmes qu'il brasse que humble par son acceptation finale des limitations humaines, réussite esthétique parfois grandiose mais frôlant souvent les limites d'un mauvais goût assez sympathique, ce film en irritera certains autant qu'il en enchantera d'autres. Et tout le monde aura raison, Trois Mille Ans à t'Attendre étant aussi imparfait qu'il est à notre avis, passionnant.

Imparfait parce que certains des longs dialogues entre les deux protagonistes - l'intellectuelle solitaire (Tilda Swinton, enthousiasmante et ambigüe comme toujours) et le génie juste libéré de sa bouteille (Idriss Elba, parfaitement fascinant) - tombent à plat, mais aussi parce qu'on a parfaitement le droit de se demander pourquoi, refusant les règles du scénario efficace et évitant le sujet le plus trivial de son histoire (l'aspect retors et parfaitement dangereux des fameux trois voeux), Miller préfère nous perdre dans de longs récits imaginaires dont on n'arrive pas à percevoir tout d'abord la finalité.

Passionnant, parce que au delà de ses thématiques "évidentes" - la science contre les mythes, le pouvoir du récit par rapport à la réalité -, ce que Miller nous dit de plus impactant ici, c'est bien l'erreur fondamentale - et la bêtise inculte - de notre vision "occidentalocentrique", alors que nous ignorons des siècles de civilisation, de mythes, de philosophie autrement plus forts que ceux de nos racines judéo-chrétiennes. Face aux vieilles dames anglaises "brexiteuses", prônant une suprématie britannique, Miller nous ravit du spectacle bouleversant d'une effervescence culturelle universelle, permanente, enchanteresse.

Trois Mille Ans à t'Attendre est un film important, politique même, parce que, dans un monde "moderne" qui se rétrécit, il nous rappelle la beauté de l'humanité, de la diversité : mythologies, philosophies, faits historiques, tout foisonne ici, et tout fait finalement sens. Notre monde est merveilleus, divers, coloré, et le cinéma de George Miller - en vacances de son (faux ?) nihilisme post apocalytique façon Mad Max - nous remplit les yeux, les oreilles, le coeur de splendeur.

La dernière partie du film, très émouvante, est celle du retour au quotidien, aux compromis qui sont nécessaires pour assurer la liberté de chacun dans un monde où il n'est de pire défaut que l'étroitesse d'esprit. Trois Mille Ans à t'Attendre est avant tout un éloge de la générosité du coeur, et de l'intelligence. Un film qui s'avère donc indispensable.