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Tout a commencé, pour nous, comme pour Hendy Bicaise apparemment, par ces images très surprenantes d’OVNIs et de décollage d’immeuble au plein milieu d’un film qui n’en demandait pas tant – qu’on aimait déjà comme il était, réaliste et subtilement politique – de Jia Zhang-keStill Life (« nature morte » ou « encore de la vie » ?). On avait déjà soigneusement rangé ce réalisateur dans la case des auteurs décidés – et parvenant – à montrer la vraie Chine derrière les mensonges du Parti Communiste et les illusions du capitalisme globalisé, et le voilà qui partait en vrille, sans qu’on comprenne bien pourquoi, et surtout en quoi cela servait le discours du film…

Des questions que Hendy Bicaise, critique de cinéma, et cofondateur du site accreds.fr, s’est visiblement posées lui aussi à l’époque (il y a 16 ans déjà), et auxquelles son Réalisme Magique du Cinéma Chinois apporte enfin des réponses : c’est du côté de ce mouvement que la plupart d’entre nous, sans doute trop incultes, relions systématiquement à Gabriel Garcia Marquez et à la grande littérature sud-américaine, que Bicaise est allé chercher une interprétation à un geste cinématographique qui s’est depuis répandu (on allait dire systématisé) et qui crée des béances d’irréalité, voire de surnaturels, dans des films qui sont pourtant fortement ancrés dans le réalisme. On pense évidemment aussi immédiatement à la stupéfiante scène du train qui travers le plan du magnifique Kaili Blues de Bi Gan, qu’on retrouve dans l’ouvrage de Bicaise en bonne place au milieu de dizaines d’exemples.

La manière dont Bicaise place de nouveau mouvement du cinéma chinois dans l’histoire des vagues successives de ce cinéma fait l’objet du premier chapitre du Réalisme Magique du Cinéma Chinois, et constitue peut-être les plus belles pages, les plus instructives et les plus éclairantes que l’on ait jamais lues dans toute la collection Playlist Society. Et ce n’est pas rien d’arriver à faire ça.

La suite du livre n’est pas toujours aussi étonnante, mais c’est en grande partie parce que, malheureusement, une bonne partie des films dont Bicaise parle, et qui lui servent à illustrer et enrichir son analyse, sont restés invisibles à nos yeux de spectateurs occidentaux lambdas qui ne fréquentons pas les festivals (… sans même parler, évidemment, du fait qu’ils n’ont guère été plus visibles en Chine, le pouvoir n’appréciant guère la volonté des jeunes réalisateurs de ne pas se confirmer aux dogmes du cinéma commercial, ou à la célébration de la puissance industrielle et économique du pays !).

Ce petit livre, vite dévoré, s’avère un ouvrage indispensable pour quiconque aime le cinéma d’auteur d’Asie – qui reste l’un des plus créatifs, les plus novateurs de la planète, malgré la difficulté d’accès à de nombreuses œuvres -, mais il éclairera également tous ceux qui s’interrogent sur le futur du 7e Art, paralysé depuis quelques années par la globalisation du cinéma de divertissement US : le cinéma est plus vivant que jamais et c’est en Chine que son avenir est en train d’être inventé.