Donjon PM Survivre Couverture

Cela fait quatorze ans, oui quatorze ans qu’on l’attend, ce tome -82 de la série "Donjon Potron-Minet" : nous avions laissé en effet en 2008 le charmant Hyacinthe de Cavallière au milieu des ruines d’une existence dévastée, et "Sans Un Bruit", qui se centrait sur le père de Hyacinthe, semblait une drôle de conclusion à l’un des cycles les plus forts du "Donjon" : moins drôle, plus noir, quelque fois même franchement dépressif, "Potron-Minet" (et les épisodes de "Monsters" qui complétaient le tableau) avait su nous toucher peut-être plus profondément que les autres cycles, et on avait attribué – sans doute de manière irrationnelle – cette singularité à l’influence de Blain. Mais Blain avait déjà été remplacé par Gaultier, et en 2022, c’est Stéphane Oiry – fondateur de l’Atelier du Coin et responsable d’une version contemporaine des "Pieds Nicklés", qui a repris le flambeau… en restant toutefois assez prêt de l’esprit originel.

Si "Survivre Aujourd’hui" est une jolie petite réussite, avec pas mal d’action guerrière et un humour relativement bien dosé, il sera possible de justement lui faire un reproche : celui de ressembler bien plus à un volume du cycle "Donjon Zénith", par son ambiance et surtout par son sujet, c’est-à-dire comment faire pour que le Donjon, dont Hyacinthe a désormais la responsabilité, résiste – et survive – aux incursions des brigands avides d’en dérober les trésors, puis, et c’est encore plus grave, aux armées des duchés de Clérembard et de Vaucanson ?

L’idée centrale de Trondheim et Sfar est de raconter ici l’enrôlement de Marvin le Rouge – qui est encore un écolier et n’a pas encore appris à lire, au grand dam de sa mère – et du délicieux Grogro, qui apparait d’abord ici sous la forme d’une sorte de terrifiante menace invisible, avant de prendre la place qu’on lui connaît dans la saga. Le résultat est donc un "Potron-Minet" qui n’est plus vraiment un "Potron-Minet", mais plutôt une histoire classique de la saga, entre massacres, trahisons, coups fourrés et blagounettes. Les ineffables lapins racistes sont là pour compléter le tableau, et on serait vraiment de mauvaise foi si l’on qualifiait ce nouveau volume, plutôt roboratif, de déception.

Reste que notre nostalgie pour les romantiques aventures « de cape et d’épée » du jeune Hyacinthe n’est pas satisfaite.

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