Goliath Affiche

Il est assez facile d’imaginer – même si ce n’est peut-être pas le cas – que Frédéric Tellier et ses scénaristes se sont inspirés pour leur film éponyme de la remarquable série Amazon, "Goliath", narrant les combats d’un avocat pugnace et brillant, défendant l’Américain moyen contre les abus des grosses sociétés capitalistes faisant passer la satisfaction de leurs actionnaires devant le « bien public ». Evidemment, remplacer le subtil Billy Bob Thornton par un acteur lourdingue comme Gilles Lellouche n’avait rien a priori d’encourageant, mais l’inscription du film dans le débat toujours virulent, en France comme en Europe, sur l’interdiction de pesticides cancérogènes laissait présager un thriller « écolo » (quoi que ce soit que cette étiquette – clairement utilisée pour le marketing du film – recouvre…) pertinent.

Au sortir de deux heures qui oscillent entre le soporifique et le consternant, avec quelques détours déprimants par le franchement ridicule, il est difficile de sauver grand-chose de "Goliath", hormis la prestation flamboyante d’un Pierre Niney de plus en plus impressionnant, de film en film : sauvant chaque scène où il apparaît (mais n’apparaissant jamais assez, à notre goût), Niney, incarnant un lobbyiste brillant au service de l’Industrie chimique, est ici une époustouflante illustration Mal Absolu, une figure d’une noirceur abyssale et d’un vide quasi cosmique de toute l’horreur capitaliste. Il est du coup quasiment impossible de comprendre comment Tellier n’a pas réalisé le diamant qu’il avait devant sa caméra, et n’a pas centré son film sur ce personnage littéralement méphistophélique, au lieu de se perdre dans la description inepte d’interminables (et fausses) scènes de bonheur familial ringard, sensées créer en nous de l’empathie envers les victimes des méchants vendeurs de pesticides.

Bon, quand on parle de ridicule, il faut malheureusement revenir sur l’interprétation générale (ou sans doute la direction d’acteurs) assez désastreuse : Jacques Perrin, complètement à la ramasse, récite son texte sans y croire une seule seconde, Lellouche n’arrive pas à construire un personnage cohérent, et surjoue toujours au mauvais moment… et puis une multitude de seconds rôles insignifiants dans des scènes soit inutiles, soit gâchées, font leur « cinéma » sans jamais nous convaincre (comme par exemple la scène pitoyable du conseil des ministres, ou celle de la séance entre les députés européens, toutes deux démonstratives et caricaturales). Qui plus est, "Goliath" souffre de défauts d’écriture particulièrement dommageables, suivant des personnages et des fils narratifs pour les abandonner sans raison, multipliant les sujets, n’arrivant pas à créer le sentiment pourtant essentiel au récit du temps qui passe. Allant et venant entre le thriller à l’américaine mal ficelé, le pamphlet politique bidon et le drame psychologique naturaliste à la française complètement usé, "Goliath" frôle le désastre.

Alors, oui, évidemment, on est tous bien d’accord que ce qui se passe est une honte, que le capitalisme financier moderne tue des innocents en utilisant l’excuse de l’emploi, que les politiques manquent de courage, que le lobby au niveau de l’état français ou de l’Europe, c’est mal. Mais ce que "Goliath" prouve, en utilisant toutes les pires armes du cinéma qui se veut engagé mais n’est juste que grossier, c’est, une fois de plus, que les bons sentiments et les bonnes causes font rarement les bons films.