After Life S3 affiche

Il y a plus d’un an et demi, on quittait un Tony Johnson plus dépressif que jamais, en se demandant ce que Ricky Gervais allait bien pouvoir inventer pour poursuivre – et, on le sait maintenant, terminer – sa série sur le deuil et l’impossibilité de survivre à la mort de l’Amour. Peut-être à cause du Covid, il a donc fallu attendre plus longtemps que prévu pour connaître la fin de l’histoire – dans tous les sens du terme : d’ailleurs, on regrettera que Gervais, avec son humour redoutable, ne fasse rien de la pandémie, hormis l’évoquer à deux reprises dans ses dialogues… Peut-être nous réserve-t-il le plaisir d’une nouvelle série qui soit entièrement consacrée au Covid, qui sait ?

Le premier épisode de cette dernière saison de "After Life", particulièrement peu imaginatif, lourdement plombant, inquiète : la dépression noire de Tony semble même correspondre à un visible vieillissement physique de Gervais (comme à nous tous, les différents confinements ne lui ont sans doute pas fait du bien !), et même si une saison de la série est une affaire assez courte, dans les trois heures environ, on se demande bien comment Gervais va gérer l’immobilisme buté de son personnage.

Sans spoiler, disons seulement que le plan secret de Gervais est de nous amener doucement, sans rien bouleverser de l’équilibre instable installé depuis le début dans la vie minimaliste de ses personnages, à un tout dernier épisode où il va résumer une sorte de philosophie de la vie, qui nous laissera, immanquablement, en larmes. D’une part, "After Life" se conclura sur une sorte d’idéalisme léger – qui sera forcément critiqué à nouveau par ceux qui attendent surtout de Gervais du nihilisme et de la cruauté – prônant la possibilité d’une nouvelle chance pour tous les losers (enfin, pas ceux qui prône le retour à la masculinité toxique du XXè siècle !). De l’autre, Gervais affirmera non sans bravade, dans le dernier plan du film, simple mais admirable, que nous ne décrirons pas ici que, oui, il souhaite que tous les autres soient heureux, et qu’il va faire le maximum en son pouvoir pour qu’ils le soient, mais il préfère se condamner lui-même à la solitude et à une pure et simple disparition.

Bon, avant ce final crève-cœur, on aura quand même encore beaucoup ri durant cette saison, même si les meilleurs moments ne sont pas cette fois les blagues scato ou sexuelles (il n’en manque heureusement pas non plus…), mais plutôt les scènes – très méchantes pour les protagonistes masculins – où Kath fait des rencontres amoureuses, ainsi que le défi sportif lancé par Matt à Tony, à l’issue a priori imprévisible.

Si l’on est obligé d’admettre que "After Life" a quand même largement dépassé la durée que justifiait un pitch de départ assez léger, on quitte Tony et sa bande d’amis (ou d’ennemis) dégénérés avec regret. Mais on attend donc de Ricky Gervais, et dès que possible, une nouvelle série, puisque les sujets sur lesquels exercer sa causticité ne manquent pas : on a déjà parlé du Covid, mais la Grande-Bretagne a aussi besoin d’une bonne réflexion sur les joies du Brexit et du retour à la « souveraineté nationale ». A toi de jouer, Ricky !