Une histoire de la presse Rock en France

Il est sans doute impossible à quelqu'un qui a moins de 20 ans d'imaginer une époque, pas si lointaine malgré tout, où il fallait attendre des semaines pour pouvoir acheter et donc écouter un album de Rock, surtout si on vivait en Province. Ou pire, encore, nous n'étions au courant de l'existence d'aucune musique "de sauvages" puisque seuls les Beatles avaient l'honneur, de temps en temps, à la une d'un journal, en général pour rire avec mépris de leurs cheveux longs. Et puis la presse Rock est née, et a constitué - avec quelques rares émissions de radio, puis encore plus rares émissions de TV - durant plusieurs décennies notre seul contact avec les musiciens (à sens unique, bien entendu). Que serions devenus sans "Rock & Folk" et "Best", et même dans les années 90, sans "les Inrocks" ? Eh bien, je suis certain que nous aurions été moins intelligents, moins créatifs, moins libres, moins heureux : nous aurions piétiné sur place avec le vaste troupeau français écoutant Johnny, Sheila, Cloco et consorts. Qui sait, nous voterions peut-être aujourd'hui pour le RN ou pour Zemmour ?

Car si le Rock m'a sauvé la vie, comme je le répète à qui veut bien l'entendre, c'est peut-être bien en fait la presse rock qui l'a fait, d'abord. ParingauxGarnierAdrienEudelinePicartManoeuvreChalumeauAssayas et des dizaines d'autres ont été, tour à tour, mes sauveurs, qu'ils en soient éternellement remerciés. 

"Une Histoire de la Presse Rock en France" est un livre touffu, extrêmement bien documenté, très bien écrit aussi, passionnant à lire (surtout pour ceux qui ont vécu tout ça, il faut le reconnaître. Pour les autres, ça peut s'apparenter à un bouquin de SF particulièrement abscons !) : Grégory Vieau y rend hommage à tous ces gens qui ont consacré leur existence à partager avec nous, à divulguer largement leur passion, leurs passions. Les Rock Critics français méritaient cet hommage, et ce n'est pas parce que le Net a laminé la presse rock, comme il a laminé toutes les presses en général, qu'il ne faut pas les célébrer.

Hail ! Hail ! Rock'n'Roll !