Belle Affiche

On ne peut pas dire qu’on était tenté, a priori, par un nouveau “traitement” du conte folklorique de "la Belle et la Bête", après les horreurs perpétrées par la maison Disney (en animation comme en prises de vues réelles) et par Christophe Gans, mais au moins on faisait une relative confiance à Mamoru Hosoda, l'un des “grands” auteurs complets (scénariste et réalisateur) de l’anime contemporain ("la Traversée du Temps", "les Enfants Loups", "le Garçon et la Bête"…). Pourtant, sur ce terrain du conte – tel que formalisé pour la première fois en 1740 par Mme de Villeneuve, il faut bien avouer que, en dépit d’un beau design du monstre (plus loup que lion ici…), Hosoda ne paraît pas plus intéressé que nous par cette éternelle histoire de rédemption et d’amour : il se contente de recycler sans imagination la laideur kitsch disneyenne, et n’arrive pas réellement à intégrer à son “metaverse” un fantastique gothique européen qui ne le fait clairement pas fantasmer (au contraire d’un Miyazaki, virtuose dans l’intégration stylistique Japon-Europe).

Mais oublions ce travers de "Belle", car il est finalement mineur, tant en termes de temps à l’écran que d’importance thématique ! "Belle" se rattache clairement au travail précédent de Hosoda, que cela soit quand il parle des tourments de l’enfance – ignorés, abandonnés ou franchement maltraités, les enfants souffrent chez lui –, des troubles de l’adolescence – avec ces premiers émois du cœur -, ou encore quand il décrit des univers parallèles entre lesquels il s’agit de trouver son identité, voire de s’accomplir.

"Belle" raconte donc l’histoire de la jeune Suzu, dévastée par la mort de sa mère qui avait été emportée par une rivière en crue alors qu’elle tentait de sauver une autre enfant. Suzu peine à trouver sa place dans la vie réelle – que ce soit avec son père qui l’élève ou avec ses condisciples à l’école, sur un mode assez banal d’amourettes bien de son âge -, mais elle devient Belle, une immense star de la chanson dans U, un univers virtuel / metaverse dans lequel 5 milliards d’êtres humains oublient la médiocrité de leur existence terrestre.

Le film prend la forme d’un va et vient entre le monde réel, avec ses problèmes très terre-à-terre d’adolescents, et U, où l’apparition du monstrueux Dragon va mettre en péril la joie de vivre factice des avatars, et déclencher une répression virtuelle. La résolution des différents conflits, aussi bien dans la réalité que dans le metaverse supposera que Suzu accepte enfin de se confronter à sa douleur, mais aussi à son talent, et surtout, se prenne en charge.

Esthétiquement, et c’est important puisqu’on attend toujours beaucoup dans ce domaine de l’anime japonaise, "Belle" est une proposition séduisante, avec quelques belles intuitions dans la représentation de U (encore que tout n’est pas toujours de bon goût…), et surtout une recréation de paysages montagneux et de petites villes japonaises qui nous offre une immersion sensorielle étonnante dans la “réalité” de la vie quotidienne de Suzu.

La “leçon” d’un film quand même assez confus dans sa narration et qui aurait gagné à traiter moins de sujets, s’avère plutôt traditionnelle mais difficilement attaquable : Hosoda prêche l’acceptation de ce que l’on est – et ce, même sur les réseaux sociaux, ce qui est évidemment une utopie totale – et l’importance d’accorder une véritable attention aux autres. Et "Belle", en pur mélodrame qui respecte son cahier des charges, nous réserve plusieurs scènes émouvantes qui devraient tirer des larmes aux plus endurcis… Mais tout cela ne nous empêchera pas d’émettre nos réserves habituelles face à de nombreux animes, quant à la niaiserie de nombreux clichés sur l’adolescence, et quant à l’atroce musique "pop" que chante Belle : voilà bien un domaine – les chansons – où les Japonais sont aussi mauvais que les Américains. On rêve donc que Hosoda rencontre le plus vite possible son Joe Hisaishi et nous épargne à l’avenir de telles souffrances, surtout dans un film où la musique est au centre du propos.