2021 11 16 The Fleshtones Petit Bain (18)

21h30 : Mais est-ce vraiment raisonnable de continuer à jouer du rock garage à près de 70 ans ? C'est une question qui ne se pose pas très longtemps à un set des Fleshtones en 2021. Le temps d'accuser le coup devant les cheveux blancs, les traits plus flasques, les dentitions en danger, quelques minutes - ou même pas, en fait - d'hésitation... et puis on est repartis pour un tour. Car les chansons sont là… - pas les mêmes qu’avant, car, paradoxalement, Peter Zaremba, Keith Streng et Bill Milhizer (auxquels on a désormais le droit d'associer Ken Fox qui est là depuis plus de 30 ans quand même !) ne font pas dans la nostalgie, le passéisme ou je ne sais quoi dans le genre. Ils jouent des chansons qui sont nouvelles, sorties sur leurs derniers albums, et n’incluent dans leur setlist quasiment aucune vieillerie, à part l’inoxydable New Scene de 1983 ! Et surtout ils balancent la purée… Et peut-être même plus qu'à une époque où foutre le bordel et faire les clowns semblait parfois la priorité du groupe.

Streng, qui ne sourit pas plus qu'à l'époque, est resté un guitariste redoutable, s'appuyant confortablement sur la rythmique solide de Milhizer et Fox. Avec ces mecs-là qui assurent derrière lui, Zaremba peut passer une partie de son temps à organiser des petits jeux avec les spectateurs et à haranguer la foule pour bien rappeler que les Fleshtones sont là, nous aiment et jouent pour nous. Le français de Zaremba est devenu très acceptable après toutes ces années, et il reconnaît sans doute pas mal de ses fans qu'il fait monter sur scène. Il continue toutefois à jouer la provocation pince-sans-rire, et à exhorter le public à faire un peu n’importe quoi sans jamais nous adresser un sourire. Le jeu populaire des Fleshtones consiste désormais à demander aux spectateurs de tourner sur eux-mêmes, comme les musiciens le font sur scène, jusqu’à ce que l’étourdissement nous gagne, ce qui permet à Zaremba de nous interroger d’un air interloqué (et en français…) : « Pourquoi ? Mais, pourquoi ?... ». On s’amuse comme on peut, mais on s’amuse bien.

2021 11 16 The Fleshtones Petit Bain (9)

Signe des temps, quand même, et pas le meilleur, les Fleshtones font désormais des hommages : à Dominique des Dogs (la chanson Dominique Laboubée, qui cite justement Too Much Class for the Neighbourhood), à Charlie Watts (une reprise bien sentie de Child of the Moon des Stones), et surtout aux Ramones. Chacun a droit à son morceau mais celui à la manière des Ramones (Remember the Ramones !) est le plus efficace, reprenant joyeusement les codes de leur musique.

La setlist est bouclée en moins de 50 minutes, mais quand on connaît les Fleshtones, on sait que c’est là que les choses sérieuses (si l’on ose dire…) commencent : une floppée de rappels, formels mais surtout largement informels, Zaremba rappelant sans cesse ses musiciens qui quittent la scène, pour continuer à jouer, à brailler, à chanter, pour que « ça ne s’arrête jamais ! »… jusqu’à ce que ce soit la salle, alors que les onze heures du « couvre-feu » s’approchent, qui décide de couper le son ! C’est ça, la fête du rock’n’roll !