2021 11 15 Shannon Wright Petit Bain (2)

21h30 : avec Shannon Wright, c’est une tout autre histoire, on passe de la musique des machines à la peinture troublante de l’humanité la plus fragile, la plus déchirante. Il faut d’abord savoir que Shannon, on est là pour l'écouter, pas pour la voir : car elle joue dissimulée en permanence derrière son épaisse chevelure. Privés de « spectacle », nous n'avons plus qu'à nous concentrer sur la musique qui, ça tombe bien et on l’a déjà dit, est renversante. Nous voilà face à une impensable tempête d'émotions, un trop plein de sensations qu'il vaut d’ailleurs mieux recevoir les yeux fermés.

Sur un splendide piano classique Yamaha - dont on se demande comment il a pu rentrer sur scène dans le ventre de la péniche -, Shannon nous régale d'un jeu quasi-virtuose, tandis qu'elle égrène des chansons à nous dévaster l'âme, de sa voix à la texture quasi surnaturelle, vibrante comme mille fantômes de souffrances oubliées. Et le contraste entre la splendeur classique du piano et l'inextinguible déchirement du chant est sidérant. Même s’il est impossible de vraiment mettre en avant un morceau au milieu des autres, on pointera une interprétation merveilleuse de Somedays, l’un des sommets de son dernier album – datant déjà de 2019 -, Providence.

D’ailleurs, quand Shannon abandonne son siège devant le piano pour s'emparer de sa guitare électrique, dont elle tire des dissonances et des rythmes contrariés, l'évidente brutalité dont elle fait preuve vis à vis de ses propres chansons paraît presque trop logique, presque pléonastique par rapport à ce que nous venons de vivre.

Au bout de 45 minutes, Shannon quitte la scène avec juste quelques remerciements balbutiés, mais face à notre insistance, elle reviendra nous offrir deux autres brassées de fleurs brisées au piano, dont Avalanche, l’un des morceaux favoris des fans. Et ensuite, elle disparaîtra pour de bon, nous laissant groggys dans une salle que nous n’avons ni l’envie ni la force de quitter aussi vite.