Maid affiche

On avait repéré et admiré la grâce de Margaret Qualley dans "The Leftovers", sans prendre la mesure de son talent, ni même réaliser qu'il s'agissait là de la fille de la ravissante et troublante Andie MacDowell. L'une des grandes, des indiscutables qualités, de la dernière mini-série réussie et hautement improbable de Netflix, qui a investi cette fois dans un réalisme social à priori peu en ligne avec la stratégie de la plate-forme, est de mettre Margaret au premier plan (car elle est littéralement de tous les plans, comme si on était dans un film des Frères Dardenne !). Et de laisser éclater son talent dans ce rôle pas facile d'une jeune mère quittant, sa fille sous le bras, le foyer conjugal pour s'épargner les abus de son compagnon alcoolique. Devenant femme de ménage et survivant difficilement grâce à des structures d'accueil dans des Etats Unis qui n'ont que peu de respect pour leurs pauvres, Alex va, au fil de 10 épisodes d'une heure littéralement asphyxiants pour le téléspectateur (régulièrement noyé par le déversement de mauvaises nouvelles et de catastrophes...), trouver peu à peu son chemin.

Si le scénario, inspiré d'un livre de Stephanie Land racontant sa propre histoire, paraît régulièrement trop "forcé", et si l'on est en droit de s'irriter devant les sales coups que le hasard réservé à Alex, qui prend d'ailleurs pas mal de mauvaises décisions elle-même, "Maid" rattrape le coup grâce à de très belles intuitions : l'idée stimulante - même si finalement pas assez exploitée - de matérialiser à l'écran les pensées d'Alex, le fait de ne pas charger outre mesure les personnages masculins englués dans les stéréotypes d'un machisme toxique mais capables de beaux moments d'amour, ou, surtout, le choix, pertinent, comme véritable cœur de l'histoire, de la maternité et des impossibles rapports mère-enfant (ce que toute personne un peu familière avec la psychanalyse sait).

Et c'est finalement là que se niche la vraie beauté de "Maid", au delà de son aspect presque pédagogique sur les moyens de survivre offerts par l'état aux femmes (au prix d'une lourdeur administrative redoutable, la mini-série le rappelle...) : en regardant et en filmant le duo mère fille dans la fiction comme dans la vie (Andy McDowell / Margaret Qualley - Paula / Alex, Molly Smith Metzler permet à la vérité de leur amour 'et de leur probable' antagonismes réels) nourrir superbement la fiction.

Qu'importe donc les trucs un peu foireux d'un scénario pas toujours léger, tant que l'on peut assister à ces pas de tango, tantôt amoureux tantôt hostiles, de deux femmes et deux actrices magnifiques. Et ça, ça s'appelle du Cinéma !