2021 11 04 Shame Gaîté Lyrique (12)

Il est déjà 22h25 quand les 5 musiciens de shame montent sur scène, avec une dizaine de minutes de retard sur l’horaire initialement prévu. Ils sont joliment vêtus de smokings (portant l’étiquette Zara, nous le constaterons plus tard quand les vestes – et certaines chemises – auront été dispersées sur le sol !), nœuds papillons, et ils ont chacun un verre à la main, de champagne ou de jus d’orange. Cool ! Mais une nouvelle surprise nous attend quand chacun s’installe à sa place (Charlie Steen s'allonge même sur le sol !) et se met à attendre… buvant et souriant, mais sans rien faire ! Attendant quoi ? Nous ne le saurons pas, mais ça durera une dizaine de minutes avant que le set commence… C’est assez drôle, ou en tout cas très, très inhabituel, mais quand même un peu irritant à la longue. S’agissait-il d’un problème de retransmission ?

Et puis, enfin, le concert commence… et les lads de Londres nous assènent d’emblée deux brûlots (Alphabet, 6/1) de leur excellent second album, Drunk Tank Pink, confirmant en même temps 1) que leur excellente réputation scénique est justifiée 2) que leur musique évolue – sans perdre son urgence punk – vers des terrains plus ambitieux, dissonants, dérangeants parfois. Et c’est une très bonne nouvelle !

Sur scène, Charlie est au contact permanent avec la foule, passant malheureusement la majorité de son temps sur « un côté du carré », et frustrant donc les trois autres, tandis que Sean et Eddie sont concentrés sur leur jeu de guitare, et que Josh, le joyeux bassiste très extraverti – donc explosant le vieux code du bassiste de Rock taciturne – fait une grande partie du spectacle à lui tout seul : courses effrénées, sauts spectaculaires, voilà un tout jeune homme qui ne ménage pas sa peine !

2021 11 04 Shame Gaîté Lyrique (27)

Le son est, comme nous pouvions le craindre, assez moyen, et varie en fonction de là où vous êtes placé autour de la scène, la voix de Charlie étant dans certains endroits peu audible. Mais cela n’a pas l’air de diminuer l’enthousiasme débordant du public qui fête le groupe : les gens braillent les paroles en chœur, ça slamme, ça saute partout, c’est la bonne ambiance punk… même s’il faut reconnaître que la musique que joue actuellement shame est plus anxiogène que festive ! Bien évidemment, les titres du premier album, plus traditionnellement post punk, et en particulier Concrete (très « clashien » pour le coup…), Dust on Trial et le formidable One Rizla (« And you're clinging to conflict / Just let go », braillons-nous tous avec Charlie !) en quasi final, sont ceux qui déchaînent le plus les passions. Charlie répond chaleureusement à l’amour de son public en regrettant de n’avoir pas pu jouer en France depuis deux ans, et en répétant combien il aime « l’Europe » (on connaît la position anti-Brexit du groupe, mais on ne peut guère s’empêcher de remarquer que, comme la grande majorité des Anglais, il utilise le mot « Europe » pour qualifier ce territoire qui commence au-delà de la Manche !).

Au bout d’une heure, il est temps de boucler le set – non sans avoir promis de revenir au Bataclan, pour plus de chansons en avril prochain – et Charlie monte sur la coursive où un micro a été installé pour lui, pour chanter l’impressionnant Station Wagon, conclusion du second album et donc conclusion de la soirée…

… une soirée qui aura confirmé, malgré les « complications » de la mise en scène télévisuelle, la valeur de shame, qui pourrait bien prétendre à prendre la place de Idles sur le podium du post-punk anglais. A confirmer donc le 1er avril prochain dans notre cher Bataclan, là où naissent les légendes…