Sex Education S3 affiche

Quelque part, la troisième saison de "Sex Education" déçoit un peu, sans constituer non plus une véritable baisse de qualité d'une série qui fait partie depuis 2019 des meilleures qui soient. C'est que cette saison, pourtant démarrée sur les chapeaux de roues avec un premier épisode délirant secouant la morosité qui s'était imposée au fil de la saison précédente, semble pour la première fois hésiter à aller jusqu'au bout de son propos... alors qu'on avait toujours loué Laurie Nunn et son équipe pour leur audace !

Il y a en effet au cœur de ces 8 épisodes un sujet essentiel, et terriblement d'actualité, qui tourne autour du "retour de bâton" après des années de prise de parole par les minorités : avec le licenciement du proviseur et l'arrivée à sa place d'une nouvelle protagoniste, Hope (Jemima Kirke qu'on avait perdue de vue après "Girls"), c'est le spectre de la réaction qui envahit la Moordale Secondary School, et c'est une reprise en main de plus en plus brutale des comportements des lycéens qui s'opère. En dépeignant la dure réalité dans le monde anglo-saxon du financement privé de l'éducation, qui mène inévitablement à des choix "politiques" en matière de doctrines et de méthodes, "Sex Education" aborde donc un sujet en or... mais choisit de nous offrir une résolution assez lénifiante de ce conflit pourtant central aujourd'hui : la critique de la culture "woke" par les forces réactionnaires emplissant désormais, on le sait bien, les réseaux sociaux, la défense de principes essentiels de la liberté individuelle, en particulier de la femme et des minorités, est un combat indispensable qu'on attendrait de voir mener avec plus de vigueur dans une série aussi importante, aussi regardée à travers le monde que "Sex Education". Le fait de dédouaner Hope de ses comportements fascisants - comme l'atroce humiliation imposée à ses adversaires - en expliquant qu'elle est une mère frustrée, est quand même un peu court ! L'annonce des conséquences sur tous de l'échec de la reprise en main du lycée constitue évidemment un "teaser" parfait pour la quatrième saison, mais aurait également pu être traitée un peu plus sérieusement dans le dernier épisode...

Cette troisième saison ne manque heureusement pas de points forts, comme tout ce qui tourne autour des remarquables personnages d'Adam (Connor Swindells, très touchant...) et de son père Michael Groff, ou encore sur l'éveil d'Eric à la "culture gay de la fête" lors d'un voyage à Lagos, où plane d'ailleurs la menace d'une homophobie violente, Mais peut-être que, finalement, la faiblesse la plus criante de ces 8 nouveaux épisodes provient de notre détachement progressif vis à vis des deux personnages-clé que sont Otis et Maeve, dont les atermoiements et les hésitations ont fini peut-être par nous fatiguer : aussi bien Asa Butterfield - qui a clairement "vieilli" depuis le début de la série et rentre désormais mal dans la peau d'un adolescent complexe comme Otis - que Emma Mackey semblent désormais bien trop mûrs pour jouer encore la vieille partition du "Je t'aime moi non plus" qui a rythmé les deux saisons précédentes. Le succès public rencontré par l'épisode 5, pourtant assez grossier avec son gag scatologique et le manque de crédibilité de son voyage en France, montre bien le désir du téléspectateur de voir enfin cette affaire réglée !

On imagine bien que la quatrième saison, logiquement prévue pour 2022 (ou 2023 ?) apportera la conclusion nécessaire à ce récit choral de destins "ordinaires" d'adolescents - et d'adultes - torturés, ou simplement agités par la question de leur identité sexuelle et de leur destin d'être humain en général. Et que "Sex Education" saura poursuivre jusqu'au bout sur sa voie ambitieuse de série aussi divertissante que militante.