Julie_en_12_chapitres affiche

Marrant que quand un réalisateur fait un film personnel, léger, à l'écoute et de l'air du temps et de ses personnages, avec une indiscutable empathie vis à vis de ses acteurs, la première référence qui nous viennent à 'esprit est celle de la Nouvelle Vague française... "Julie (en 12 chapitres)" a bien toutes les qualités énumérées ici (légèreté, pertinence par rapport à notre époque, empathie) et dégage même de temps en temps - pas tout-à-fait assez, à mon goût - une certaine magie, mais il me semble reconnaître plus chez Joachim Trier un alignement avec LA forme dominante de la fiction audiovisuelle actuelle, c'est-à-dire la série télévisée : un enchaînement de mini-histoires constituant un fil narratif cohérent dépeignant les hésitations et tribulations amoureuses et sexuelles d'une jeune femme moderne, avec dans chaque chapitre un focus sur une caractéristique de sa personnalité, une aventure spécifique, en cherchant à la fois à varier les atmosphères et à garder une cohérence thématique... Mais bon dieu, on voir ça tous les jours sur Netflix ou Prime, non ?

D'où, paradoxalement, car "Julie (en 12 chapitres) est une jolie réussite, cette frustration qui nous gagne régulièrement devant la brièveté de certains chapitres, justement : on se dit que Julie aurait été bien mieux traitée - avec plus de profondeur et d'impact peut-être même - en 12 épisodes d'une trentaine de minutes chacun, et que l'attachement que nous développons peu à peu pour les personnages du film mériterait que l'on en découvre un peu plus sur eux. Un format plus long aurait peut-être aussi permis à Trier d'aller plus loin dans certains sujets passionnants qu'il ne fait qu'effleurer en sacrifiant (forcément, vue la durée du film) des personnages secondaires potentiellement passionnants : on aurait aimé par exemple en savoir plus sur la jeune femme partie à la recherche de ses racines esquimaux et devenant de plus en plus obsédée par l'écologie. Ou surtout - car c'est là l'un des trous béants de la fiction - revenir sur les rapports très malaisants entre Julie et son père, les quelques scènes les représentant étant indiscutablement fascinantes...

Heureusement, cette légère déception que l'on ressent devant un film qui va trop vite et ne fait souvent que papillonner en représentant des évidences, s'efface dans la toute dernière partie : les derniers dialogues entre Julie (une Renate Reinsve absolument craquante, mais qui ne méritait nullement un Prix d'interprétation à Cannes pour une prestation aussi tiède) et Aksel (un Anders Danielsen Lie qui s'avère quant à lui très très impressionnant, et porte littéralement la fin du film !) sont magnifiques de justesse, de profondeur et d'émotion. Et prouvent bien que Trier avait entre les mains le matériau - et le talent - pour faire quelque chose de bien plus fort.

PS : le titre norvégien original et le titre international ("la pire personne du monde"), pour être plus intrigant, est pour une fois bien moins pertinent que ce titre français qui révèle la forme sérielle du récit.