Sex Education S2 affiche

La seconde saison de "Sex Education" démarre moins brillamment que la première, et nous laisse d’abord un peu sur notre faim : moins drôle, moins enlevée, elle n’évite pas dans ses premiers épisodes un léger effet de répétition, peut-être dû d’ailleurs à nos attentes trop élevées. Heureusement, ce n’est là qu’un court passage à vide – de notre part ou / et de la part de la série – puisque peu à peu, la magie « Sex Education » opère à nouveau, mais dans une atmosphère beaucoup moins légère cette fois : les conflits se multiplient entre les personnages, sans que le scénario ne sacrifient aux habituels effets réconfortants des résolutions faciles. Comme dans la vraie vie, les ambiguïtés dans les relations ne se lèvent pas si facilement que ça, les bonnes résolutions prises par les uns et les autres ont certes un bref effet « feelgood », mais se heurtent rapidement à la réalité de rapports complexes.

Bien sûr, il est clair que le mécanisme d’addiction utilisé systématiquement dans la série est le recours à notre désir « fleur bleue » de voir le couple Otis – Maeve se constituer enfin : ce désir sera cesse contrarié par un scénario qui empile – de manière un peu invraisemblable, mais peu importe finalement – les barrières aux aveux de leurs sentiments et ensuite à la réconciliation de nos héros, avec une accumulation de coups de malchances ou de machinations de la part de personnages « hostiles », comme celui, très intéressant, du voisin handicapé, qui portera un coup fatal à nos espoirs dans la conclusion de la saison.

Le milieu familial d’Otis est de plus en plus instable, avec sa mère qui est une concurrence inattendue en matière de thérapie sexuelle au collège, et qui vit une relation amoureuse qui met en danger sa vie et ses certitudes, et avec son père, sex addict à la lâcheté confondante, qui réapparaît pour raviver toutes plaies émotionnelles mal refermées. Et la résolution (?) des problèmes sexuels d’Otis ne pourra advenir qu’au prix d’un lâcher prise permis par l’alcool, au cours d’une soirée folle – et assez « destroy » - durant un excellent 6ème épisode.

Dans cette seconde saison, la plupart des protagonistes sont soumis à des choix cornéliens, entre deux partenaires, entre deux orientations sexuelles ou même entre deux choix de vie. Du coup, "Sex Education" adopte presque involontairement un ton beaucoup moins enjoué, car ce sont des quasi tragédies intimes qui se dévoilent sous nos yeux, loin désormais des banales obsessions sexuelles vaguement récessive des récits adolescents habituels. Plus que jamais, "Sex Education" nous parle de la vie, au-delà du sexe.

Ce qui ne veut pas dire que les sujets sexuels soient plus anodins : au contraire, le récit très juste de l’impact du harcèlement subi par Aimee dans un bus sur sa sexualité est remarquable de force, tandis que les digressions sur l’hygiène anale nécessaire à la sodomie évitent brillamment la face pour devenir de véritables conseils pratiques.

A souligner également les très bons deux derniers épisodes de la saison, l’un reprenant le principe du fameux "Breakfast Club" de John Hughes pour faire se rejoindre plusieurs protagonistes féminins dans un consensus sur la masculinité toxique, et le dernier nous offrant une version musicale orgiaco-délirante de "Roméo & Juliette", des plus réjouissantes.