Sex Education S1 affiche

On n'avait a priori pas trop envie de perdre du temps devant "Sex Education" (le titre déjà !), série Netflix à destination d'un public teenager se déroulant dans un collège, qui nous évoquait à priori plutôt les pénibles souvenirs de choses informes du type "American Pie". Jusqu'à ce qu'on réalise que la série est en fait anglaise, que la sublime Gillian Anderson y tient un rôle clé (celui de la mère thérapeute sexologue et néanmoins peu à l'aise avec les difficultés sexuelles de son fils adolescent), et qu'il ne s'agit pas ici du tout d'éducation de jeunes puceaux puritains comme les US en raffolent, mais bel et bien de psychologie, voire de psychothérapie visant à assurer le bonheur, ou tout au moins la satisfaction sexuelle d'une cohorte de personnages qui affrontent surtout l'épreuve de la découverte de soi, dans une société qui ne fait pas de cadeaux.

Bref, on est plus dans la crudité que dans la gaudriole, plus dans la souffrance que dans la libido caricaturale. Et, avouons-le, c'est intelligent, drôle, touchant, voire même à l'occasion, très fort, comme dans le magnifique et terriblement élégant épisode 3 sur l'avortement ou encore le dramatique épisode 6 qui pousse tous les protagonistes centraux de la série au bout de leur logique, et frôle le drame.

Les personnages sont pour la plupart complexes et superbement écrits, depassant systématiquement les stéréotypes qu'on imagine initialement, et sont portés par des interprètes au talent certes variable, mais à l'énergie communicative : Asa Butterfield, découvert dans "Hugo Cabret" est parfait en sexologue puceau mais finalement très doué, mais ce sont la belle Emma Mackey, aux blessures à vif, et l'enthousiasmant Ncuti Gatwa en gay flamboyant, qui emportent régulièrement le morceau.

En donnant à chaque personnage, bon ou mauvais, sympathique ou antipathique, sa chance, en faisant preuve d'une sincère générosité vis à vis des pires faiblesses de chacun, sans nier pour autant le mal que nous nous faisons les uns aux autres, Laurie Nunn et son équipe réalisent un véritable sans faute avec cette première saison de "Sex Education".

...qui bénéficie en outre d'une bande son indie rock audacieuse, illuminée par la présence d'un/e Ezra Furman parfaitement à sa place au milieu du chaos général.