Dune affiche

Comme à chaque fois que je me trouve face à un blockbuster (enfin, dans le cas qui nous occupe, il faut attendre un peu encore pour savoir si le "Dune" de Villeneuve sera un succès commercial, et pourra donc avoir une seconde partie), je suis un peu à court de choses à rajouter par rapport au flot d'avis qui a déjà été déversé un peu partout. Et il encore plus difficile d'être original tout en respectant l'énorme travail effectué par le cinéaste québécois et son équipe.

Alors, soyons synthétique :

  • Je n'ai pas été particulièrement passionné par le livre de Frank Herbert, que j'ai lu il y a près d'un demi-siècle et jamais relu depuis. Impressionné bien entendu par ses ambitions politiques et écologiques, mais pas passionné par le reste. Un livre que, dans le genre SF, je considère comme beaucoup moins marquant que, par exemple, l'œuvre de Philip K. Dick. Donc je n'avais pas le syndrome du fan qui avait peur de voir son bouquin préféré trahi.

  • J'aime beaucoup ce que fais Villeneuve, l'un des rares vrai auteurs - au sens français, et peut-être québécois - du terme, à œuvrer avec succès dans le blockbuster hollywoodien. Même si mes films préférés de lui sont "Incendies", "Enemy" et "Premier Contact", tous pour des raisons différentes, et que j'avais trouvé son "Blade Runner 2049" très beau et très intelligent, mais légèrement... ennuyeux... ce qui peut être dit aussi à propos de son "Dune", à mon humble avis.

  • Sur tout les aspects "techniques" d'un film, "Dune" est une impressionnante réussite : un script foudroyant d'intelligence qui arrive à résumer sans trahir ni simplifier tout un monde, un contexte et une histoire diablement compliqués (sans qu'on se perde jamais ! Un exploit) ; un travail impeccable sur l'esthétique du film, ses textures, ses couleurs, ses atmosphères, qui rend chaque scène, même la plus objectivement absurde, parfaitement crédible ; un casting brillant, respectant les personnages originaux (même si certaines voix outrancières - de droite - se sont levées pour pointer du doigt le changement de sexe et de race du planétologiste Liet Kynes, traduisant l'idéologie "woke" d'après eux !) ; une mise en scène constamment inspirée, portant l'attention qu'il faut au rythme, aux personnages, aux détails. Il n'y a guère que sur la musique que je n'ai pas d'opinion particulière, positive ou négative, étant - ceux qui me connaissent le savent - littéralement "sourd" à la musique de film (pour moi, une bonne musique de film est une absence totale de musique - et je ne fais guère qu'une exception pour le travail d'Ennio Morricone chez Leone)

  • Grand fan de Timothée Chalamet depuis le formidable "Call Me By Your Name", je le trouve personnellement absolument parfait pour représenter Paul Atreides. Même si j'avoue que mon cœur balance quand même entre lui et la merveilleuse Rebecca Ferguson qui semble porter à elle seule un grand nombre de scènes.

  • J'ai été stupéfait de constater - j'avais zappé sur ce point - combien Lucas avait pompé sur Frank Herbert pour son "Star Wars" : c'en est presque gênant, et je me suis demandé s'il n'y aurait pas des gens plus jeunes qui allaient penser que c'était "Dune" qui plagiait leur cher "Star Wars".

  • Mais, puisqu'il y a un mais... J'ai trouvé un peu le temps long (de manière générale, j'ai du mal avec les films qui font plus de 1h30/1h45, je l'avoue), et j'ai eu parfois une impression de flottement, la même que j'avais ressentie devant "Blade Runner 2049", au point de me demander si ce n'est pas là - au delà d'une question d'âge (j'ai désormais beaucoup de mal à trouver de l'intérêt à regarder des personnages qui se mettent sur la gu... dans des milliers d'années et sur un autre planète !) - finalement une caractéristique du cinéma de Villeneuve. Du coup, j'aimerais bien qu'il revienne à du cinéma plus "normal" pour voir ce que ça donne...

  • A propos de la question difficile de l'adaptation de certains concepts qui passaient bien à l'époque de l'écriture du livre (début des années 60) et qui vont être moins "acceptables" aujourd'hui, il y a évidemment d'un côté l'ethnocentricité arrogante d'avoir un "messie" blanc - ce qui curieusement ne gêne pas les critiques "politiques" du film -, ensuite la peinture assez homophobe dans le bouquin du Baron comme une sorte de pédophile criminel (expurgée ici, ce qui me semble tout-à-fait justifié, et aucunement révisionniste), et, plus difficile à gérer surtout avec de l'argent US, la célébration d'un jihad sanglant partant d'une population de nomades vivant dans un désert et conquérant le monde. On a hâte de voir dans la seconde partie (s'il y en a une) comment les scénaristes vont gérer le truc !

Bon, je n'ai pas écrit ce texte comme l'une de mes critiques habituelles, mais plus pour poser sur la table ma perception du film ainsi que les points particuliers qui me sont venus spontanément à l'esprit. Maintenant, chers lecteurs, j'attends vos réactions.