2021 09 15 It It Anita Point Ephémère (8)

21h55 : les Liégeois de It It Anita se distinguent tout d’abord par une organisation de la scène peu commune : le quatuor est disposé en carré, entouré par les amplis qui sont dirigés vers l’intérieur de ce carré, et non vers le public. Ils se font face deux à deux, se présentant de profil aux spectateurs : tout cela peut donner l’impression au départ d’un groupe qui joue pour lui-même, de musiciens qui préfèrent être entre eux que s’ouvrir vers l’extérieur. Mais dès qu’explose (littéralement) User Guide, on comprend que cette disposition permet avant tout aux membres du quatuor de s’appuyer les uns sur les autres, de s’entraider, de faire bloc ensemble pour que jaillisse la musique littéralement inouïe qu’ils produisent, et qu’ils nous offrent. Oui, qu’ils nous offrent, même si l’incroyable puissance qu’ils dégagent ne tolère guère de refus de notre part !

L’écoute des albums de It It Anita, et même de leur excellent Sauvé, sorti cette année, ne prépare aucunement à l’expérience scénique. Car peu de groupes que nous ayons vu jouent avec une telle intensité, une telle violence (on a dû revenir dans notre mémoire à l’interprétation live du Beaster par le Sugar de Bob Mould pour retrouver l’équivalent…) : peu importe les étiquettes qu’on colle sur leur musique – punk rock, noise, metal même parfois – elles sont absolument dépassées, ridiculisées par la furie sonique qui s’abat sur nous. L’un des qualificatifs que nous avons entendus autour de nous, au bout d’une heure cinq de musique totalement radicale, est « rouleau compresseur ». Et en effet, que l’on soit au milieu du moshpit en train de sauter dans tous les sens, ou bien accroché à scène en essayant de survivre au milieu de l’ouragan, on perd peu à peu notion du temps, on ne reconnaît plus vraiment les morceaux qu’on aime pourtant tellement, on est tout simplement laminé par cette violence démentielle que dégage It It Anita. Une violence bien entendu, c’est évident mais cela ne coûte rien de le dire, totalement positive, qui semble nous laver peu à peu de toute la saleté de notre vie quotidienne, qui nous purifie de nos angoisses, de nos tourments : ce n’est pas un hasard si l’un des amplis du groupe porte en lettres argentées le mot « LOVE » !

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On a, même si c’est injuste vis-à-vis des trois autres musiciens, envie de pointer particulièrement du jeu de batterie littéralement forcené de Bryan Hayart, incroyable moteur à explosion de la musique furieuse du groupe. C’est d’ailleurs lui qui conduit le déménagement – rituel – du groupe au milieu de la fosse, qui conclura le set : on sourit quand on le voit installer son tapis de sol, avant qu’on lui passe un à un certains éléments de son kit de batterie, mais quand le morceau (Imposter) reprend, avec la section rythmique au centre du Point Ephémère, et les deux guitaristes continuant à invoquer l’apocalypse scénique sur scène, personne n’a envie de rire. Juste de sauter en l’air en hurlant jusqu’au bout de la nuit.

Mais bien entendu, tout a une fin, et tout le monde, musiciens comme spectateurs, est bien rincé par ce traitement de choc, d’autant que la température dans la salle a été très élevée ce soir. Et nous sommes repartis dans la nuit, rentrés chez nous pour récupérer physiquement : la pluie avait cessé, nos oreilles bourdonnaient, mais nous avions les idées bien plus claires. Sauvés (… une fois encore par le Rock ‘n’Roll) !