2021 08 26 The Guru Guru Supersonic @ Trabendo (2)

21h45 : puisque les Américains ne peuvent toujours pas voyager en Europe, puisque les Britanniques sont empêchés de tournée européenne du fait des règles du Brexit, nous allons nous rabattre sur la scène Rock européenne, qui, dieu merci, est fantastique ! On sait en particulier combien la Belgique est riche en musiques originales et en groupes et artistes talentueux, et on va en avoir la preuve ce soir avec les grands déjantés – et infiniment réjouissants - de The Guru Guru.

Ça commence fort avec une sorte de questionnement existentiel de l’inquiétant – et très drôle – chanteur du quintette de Hassel (dans les Flandres), qui nous interroge avec insistance : « Where’s my rum ? I though I might Have left it… Isn’t it anywhere ? ». Vu qu’il est vêtu d’un pyjama et porte des pantoufles douillettes, et qu’il nous regarde d’un air mi-narquois, mi-malaisant, on ne sait pas trop quoi répondre, honnêtement. « I’m in a good place, man ! » nous rassure cet individu étrange… Pas sûr qu’on le croie sur parole… Mais pour le faire, ça le fait ! Car derrière ce monologue étrange, la tension monte, l’excitation s’accumule… on sent qu’on va passer aux choses sérieuses…

… et les choses « sérieuses », c’est le morceau suivant, Chramer, qui permet de comprendre un peu mieux le type de musique auquel nous avons affaire : assez loin des courants les plus populaires du moment, il y a quelque chose de Math Rock dans ces deux guitares qui tricotent une trame énervée et hululante, avec des tendances baroques quand les chansons se mettent à partir dans tous les sens (Père Ubu semble être une référence souvent citée par le groupe). Mais l’intelligence de tout ça, c’est de ne pas tomber dans l’hermétisme ou la provocation : entre un aspect la plupart du temps accrocheur des refrains (comme sur l’accrocheur Honestly (i don't feel like dancing)…), et l’attitude spectaculaire du front man, on est paradoxalement dans une musique franchement accueillante, presque joyeuse derrière son humour bizarre. Et ça fait vraiment du bien de voir ainsi conjuguées ambitions musicales, spontanéité et même une sorte de festivité : comme quoi, les Belges nous prouvent encore et encore qu’on peut être talentueux et ne pas se prendre la tête ni être arrogants pour autant.

2021 08 26 The Guru Guru Supersonic @ Trabendo (28)

A noter que le chanteur monte régulièrement sur une sorte de caisse lumineuse placée devant la scène, qu’il actionne du pied, et qui assure de jolis – et brefs – effets de lumière accentuant l’aspect théâtral de sa performance. On aura aussi droit à une courte pause classiquement acoustique (avec ukulélé !) sur un Am I’m Singing qui montre que le groupe a plusieurs à son arc.

La dernière partie du set reprend les titres les plus mémorables de l’album Point Fingers datant de 2020, dont le ravissant (si, si !) Origamiwise, le furieux Mache aux sonorités un peu plus post-rock (mais pas trop, rassurez-vous !), et la pop baroque et puissante de Poverbrigade. Le concert se termine comme il a débuté, avec un monologue inquiétant sur une ambiance mi-lynchienne, mi-lyrique : « Can I talk to the manager ? It’s about room number nine. I really need to speak to the manager, exactly like we did last time ! ». Et c’est très fort, oui !

Dans la fosse, ça a dansé sévère, ça a braillé, mais toujours avec un grand sourire : l’effet bienfaisant de la musique de The Guru Guru ! En dépit de l’heure qui s’avance, le groupe reviendra pour un bref rappel. 50 minutes d’un tel plaisir, on aurait bien aimé pouvoir profiter d’un concert entier.

Après une délibération rapide entre nous, nous élisons à l’unanimité ce concert de The Guru Guru comme le meilleur de la saison ! Et quand on parle d’une saison aux petits oignons comme celle que nous a concoctée le Supersonic cet été, ce n’est pas rien !