Mixte Affiche

On pourra commencer par célébrer le fait qu'Amazon réussisse enfin une série "made in France", et double même Netflix sur ce plan-là. On pourra ensuite se réjouir de voir un scénario qui aille à rebours de la nostalgie vaguement nauséabonde envers les années 60 (et 70) - une nostalgie cultivée surtout par ceux qui sont trop jeunes pour avoir connus eux-mêmes cette époque : "Mixte" raconte frontalement combien la vie était dure pour quiconque avait la moindre soif de liberté dans une société profondément réactionnaire, frileuse, raciste, misogyne, etc. On pourra faire la revue de détails de tout ce qui est réellement "professionnel" dans "Mixte", en particulier en termes de soin apporté à une reconstitution historique juste et précise des vêtements, des objets, des intérieurs,... même si pour le langage, le vocabulaire, ce n'est pas tout-à-fait ça, les dialogues sonnant finalement assez modernes et les expressions de l'époque - sans doute plus très compréhensibles par les jeunes de 2011 - étant très peu nombreuses finalement. On pourra apprécier un casting certes inégal, mais qui met en particulier en avant Pierre Deladonchamps, très touchant dans un rôle complexe et emprunt de sensibilité, et Lula Cotton-Frapier impressionnante dans son incarnation d'un personnage ambigu et peu aimable.

Côté déceptions (petites, mais qui empêchent in extremis la série d'être vraiment "grande"), on ne peut nier un aspect un peu mécanique et didactique dans la manière dont les "problèmes" sont dévoilés, traités, en une exploration systématique des sujets possibles, jusqu'aux plus "tendances", comme l'homosexualité féminine (quid de l'homosexualité masculine ? Visiblement reléguée dans les fictions à un "sujet qui n'intéresse plus le public"...). Cette application à parcourir le spectre de nos indignations étouffe paradoxalement à l'écran cette soif de liberté dont "Mixte" se voudrait le porte-parole : il y a ici un côté "scolaire", "bon élève appliqué" - amusant si l'on pense que le contexte du scénario est la vie de lycéens dans l'un des premiers établissements mixtes de Province - qui empêche le "vrai Cinéma" d'advenir.

Heureusement, ces réserves sont de moins en moins vraies alors que la série progresse : l'ouverture à mi-parcours sur les situations des adultes, le surgissement du drame alors que l'on se tenait plutôt jusque là dans un entre-deux un peu trop prudent, et la déchirure du tissu de la fiction qu'implique la disparition longtemps inexpliquée de deux protagonistes, tout cela fait que "Mixte" gagne en densité et en profondeur. Avant de se conclure sur un dernier épisode qui est tout sauf un happy end.

Même si cette trajectoire promet une seconde saison meilleure encore, on aurait très envie que "Mixte" en reste là, sur cette suspension de promesse et sur tous ces espoirs déçus et gâchés.