Jungle Cruise affiche

Le manège "Pirates des Caraîbes" essoré jusqu'à l'os, la méga-corporation Disney passe à une autre attraction de ses parcs du même nom, "Jungle Cruise". Et recrute une actrice anglaise compétente, Emily Blunt, et un réalisateur espagnol (à peu près) sérieux, Jaume Collet-Serra, pour conférer un minimum de crédibilité à un projet qui en manque sérieusement : avec Dwayne Johnson, colosse au sourire énervant qui a cachetonné toute sa vie dans du blockbuster de niveau zéro, et une sorte de remake cheapo des Indiana Jones (nature hostile + quête légendaire + touches de fantastique + romance compliquée mais inévitable + méchants teutons : tout y est !), il allait être difficile d'empêcher la croisière de sombrer dans les autres troubles de l'Amazone !

Si le film fait illusion pendant sa première demi-heure, avec une introduction mouvementée mais presque "rétro", on s'aperçoit vite que la fête est finie : le scénario ne se soucie clairement pas de la vraisemblance, ni des personnages, ni des situations, et va très vite emmener "Jungle Cruise" dans la catégorie des nanars, et même des nanars antipathiques. Si même les enfants dans la salle se rendent compte que la film leur raconte n'importe quoi, avec une négligence qui confirme au mépris du public, "Jungle Cruise" bat pas mal de records en termes d'abjection. Il accumule dans sa courte durée la plupart des clichés racistes habituels de la part des anglo-saxons, entre allemands belliqueux et caricaturaux, espagnols violents et cupides (heureusement quand même que Collet-Serra a amené avec lui quelques véritables acteurs espagnols pour interpréter les conquistadors perdus dans la jungle !) et brésiliens méprisés (le portugais est une langue inexistante dans le répertoire états-unien, les peuplades indigènes amazoniennes sont de mystificateurs déguisés, etc.).

Quant à l'aspect féministe et LGBT de rigueur, avec la vaillante Emily Blunt bataillant contre l'élitisme arrogant de l'aristocratie anglaise de son époque, et le sympathique Jake Whitehall montrant qu'on peut être homosexuel, snob mais quand même sympathique et capable de "se battre comme un homme, un vrai...", il est inutile de relever à quel point cette "modernisation" des clichés s'avère à la fois ridicule de fausseté et contre-productive.

PS : J'espère quand même que la situation pandémique actuelle privera le film d'audience et empêchera la poursuite d'une franchise aussi déplorable que détestable... Ce qui m'évitera aussi d'avoir à passer une demi-heure à la sortie de la salle pour tenter d'expliquer et de justifier le manque de sens intégral du film à ma fille qui était restée interloquée devant plusieurs scènes du film (elle n'a que 10 ans, mais elle n'est pas dépourvue de logique !).