In the Heat of the Night

Plus de quarante ans après sa sortie remarquée, qui propulsa vers la célébrité l'excellente chanteuse classic rock que devint Pat Benatar, "In the Heat of the Night" reste un album littéralement irrésistible, même si profondément inscrit dans son époque. Assemblage explosif de chansons de genres très différents, le premier disque de Patricia Mae Giraldo (toujours accompagnée par son second mari, le guitariste Neil Giraldo) la voit poser avec une efficacité indéniable sa voix aussi bien sur du hard rock millésimé comme "Heartbreaker" que sur une pop new wave évoquant Blondie ("We Live for Love", d'ailleurs composé par Neil), en passant par les inévitables chansons "springsteeniennes" de l'époque ("In the Heat of the Night"). Le plus beau titre de l'album est même probablement la reprise explosive du "Don't Let It Show" du Alan Parsons Project !

Car, même si a posteriori, il est toujours embarrassant d'avoir autant aimé un album qui ne devait pas tant de choses que ça au talent du couple Benatar - Giraldo, "In the Heat of the Night" est un monstre frankensteinien brandé "Chinnichap", c'est-à-dire une construction typique du producteur/dictateur Mike Chapman et de son acolyte Nicky Chinn, alimentée de compositions déjà éprouvées par d'autres poulains de leur écurie, comme Smokie ou Sweet. Mais après tout, peu importe le flacon, pourvu qu'on ait l'ivresse, et ce son électrique rutilant a fait suffisamment ses preuves pour qu'on ne rougisse pas de s'être laissé aussi facilement séduire.

Et puis, il faut reconnaître que, de toute manière, la Benatar avait un sacré grain de voix (même si elle pouvait, à ses débuts, manquer de subtilité et se transformer par instants en "gueularde"), et que la suite de sa carrière prestigieuse allait prouver qu'elle n'était pas une marionnette contrôlée par deux requins de studio. Les chansons choisies ici ont d'ailleurs pour une bonne partie d'entre elles une consonnance féministe très moderne, que Benatar allait continuer à défendre tout au long de sa vie. Et puis, s'il n'y a ici que trois chansons du Pat Benatar Band (dont la formidable "So Sincere" en conclusion de l'album...), ce sont trois réussites qui démontrent a contrario que, avec ou sans Chapman, cette fille et son groupe auraient connu le succès.