Bloody Milkshake affiche

Il est intéressant – car il y a au moins une chose intéressante dans ce « mikshake à la poudre » (Bloody Milkshake en… euh, français !) – de constater la confusion croissante dans l’esprit des « donneurs d’ordre » du Cinéma entre féminisme et remplacement à l’identique de gros bourrins par de grosses « bourrines » dans les mêmes films d’action et de baston nourris à la même testostérone : aucun changement de paradigme, et une vision de l’égalité des sexes ramenée à son degré zéro, et donc finalement bien rassurante. Quentin Tarantino, qui avait introduit superbement le concept de la violence graphique féminine dans Kill Bill, l’un de ses purs chefs d’œuvre, doit salement regretter que son intuition de l’époque engendre aujourd’hui de tels… monstres, mais ça n’empêchera jamais des vraiment mauvais comme l’Israélien Navot Papushado de se croire très malins, très « stylés » et de continuer à polluer nos écrans.

L’histoire de Bloody Milkshake tient du pur et simple alignement de clichés : une jeune femme abandonnée par sa mère a embrassé la « profession » de cette dernière, et est devenue « tueuse à gages », jusqu’au jour où un hasard malheureux lui fera abattre la mauvaise personne, et où sa route croisera celle d’une jeune orpheline qui lui permettra d’assumer ce rôle de mère pour lequel elle n’a jamais eu de « modèle »… Tout en exterminant, avec l’aide d’un gang de « retraitées », une bonne centaine d’adversaires surarmés lancés à ses trousses, de manière particulièrement violente, sanglante et irréaliste.

On trouve donc ici le cocktail – plutôt que le milkshake – convenu de valeurs familiales, de stylisation effrénée, de glorification de la violence et des armes en tous genres et d’humour décomplexé… Ah non, pas d’humour, ou en tout cas aucun humour qui fasse mouche, Papushado et son équipe ne faisant preuve d’aucun recul, d’aucune distance par rapport à leur improbable sujet… Et c’est là que la comparaison avec Kingsman, que certains avancent, ne tient pas la route : tout cela n’est jamais amusant, jamais léger, jamais original, et tient seulement de l’application bornée et systématique d’un programme de tuerie générale. L’idée même de déréalisation de l’histoire, en la situant à une époque indéterminée (les années 90 ?) et dans un décor théâtral irréel éclairé aux néons, n’amène aucune relativisation de ce que l’on voit à l’écran, et encore moins de cette poésie vaguement nostalgique qui aurait pu naître d’un véritable geste artistique (à un moment, on a pensé au One from the Heart de Coppola, mais c’est complètement hors sujet, on imagine bien que Papushado n’a jamais vu ce film…).

Il est fort possible néanmoins que les amateurs de John Wick, et il y en a beaucoup, apprécient Bloody Milkshake, qui en recycle la majorité des codes, mais l’absence d’idées nouvelles (hormis le joli passage sur les bras paralysés de la tueuse, seul souffle d’air frais dans les plus de deux heures du film), la pauvreté des dialogues, et surtout le choix malheureux d’une actrice aussi limitée que la triste Karen Gillan (JumanjiGardians of the Galaxy,… le genre !) font que le meilleur résumé que l’on puisse faire des deux heures du film qui en paraissent quatre, est qu’on a affaire ici à la dégustation forcée d’un interminable milkshake aussi écœurant qu’insipide. Bon appétit !

PS : Et, bien entendu, un Bloody Milshake 2 est déjà prévu.