Adieu_les_cons affiche

Il est toujours un peu gênant de se dresser contre un "grand film populaire" comme "Adieu les Cons", qui génère qui plus est, pendant sa projection, reniflements et larmes à l'œil en pagaille : on risque de passer pour un "intello", ce qui est le pire des crimes en 2021. Pourtant comment faire autrement devant ce cinéma qui conjugue sans complexe médiocrité formelle et démagogie manipulatrice ?

Dupontel est horrifié par la déshumanisation de notre monde, d'une toxicité totale, et il croit que les bons sentiments sauveront l'humanité : c'est tout à son honneur, et il est difficile de ne pas partager et son constat et un certain nombre de conséquences qu'il en tire (le suicide comme seule issue, peut-être ?). Dupontel est aussi quelqu'un qui a une foule d'idées créatives, certaines excellentes (le défilé de la réalité de la ville sur les vitres d'une voiture tandis que la parole invoque un passé disparu), d'autres justes correctes (le coup de l'escalier en colimaçon, coup de bluff formel gratuit), et beaucoup franchement médiocres, qui auraient gagnées à être challengées par un producteur sérieux. Pire, Dupontel est clairement trop paresseux (ou trop sûr de lui ? Après tout, il semble être le seul maître à bord de "Adieu les Cons"...) pour écrire un scénario qui ne soit pas un assemblage improbable de coïncidences bien commodes, et pour composer des personnages qui soient un tant soit peu complexes, et non pas de simples véhicules d'une démonstration cousue de fil blanc : par exemple, celui de l'archiviste aveugle est tout simplement ridicule - même si quelques unes de ses réparties nous feront rire, bonnes poires que nous sommes - et devient de plus en plus insupportable plus le film "avance" ; toute la dernière partie de "Adieu les Cons", tournant autour du "blocage émotionnel" du fils/geek retrouvé, est littéralement consternant tant il manque de la moindre crédibilité, tant technologique (toute-puissante quand ça arrange le scénario) qu'humaine.

La dernière scène, détestable, enfonce le dernier clou dans le cercueil de nos espoirs : le film aurait-il basculé dans la violence et la haine (ce qui eût été totalement logique), aurait-il pris le risque de la méchanceté, qu'on serait au moins sorti de la salle avec des doutes, grâce à une ambigüité bienvenue : en choisissant - dans la droite ligne de ce qui a précédé - le sentimentalisme gnangnan (oh, ce dernier baiser, honteux !) et le morne éclat d'un geste suicidaire finalement sans vraie conséquence (lui s'était déjà suicidé peu de temps avant, elle allait mourir peu de temps après), orné d'un faux "panache" consensuel, Dupontel ne fait que nous confirmer la lâcheté fondamentale d'un cinéma qui ne cherche que l'adhésion du public à des idées à peu près aussi originale que celles autrefois échangées au comptoir du café du commerce, ou aujourd'hui sur les profils Facebook. Un comble !

PS : Mais pourquoi regarder quand même "Adieu les Cons", me demanderez-vous ? Parce qu'il y a Virginie Efira, qui serait incontournable dans un clip de propagande pour la Poste. Et parce qu'on peut y voir aussi Berroyer, le génial Berroyer, dans la seule scène poétique du film, celle où l'on souhaite que l'Amour puisse triompher, même un instant, des ravages d'Alzheimer. C'est peu mais c'est aussi énorme.