Pourfendeurs Couverture

La couverture et le titre du « reboot » du volet "Crépuscule" du "Donjon" l’indiquent clairement : TrondheimSfar et leur illustrateur pour ce nouveau tome, Obion ont voulu conférer à ce "Pourfendeurs de Démons" une saveur asiatique, voire nippone. Nous n’irons pas jusqu’à parler de nouvelle « tendance manga » pour ce donjon, même si la répétition des scènes de violence louche peut-être un peu vers le shonen le plus classique, et si, avouons-le, ce ne serait pas une mauvaise idée de réorienter l’une des branches de l’arbre "Donjon" vers un genre stylistique différent, pour créer une caractéristique plus reconnaissable… A suivre, peut-être…

Relancer le cycle "Crépuscule", clairement bouclé lors de la première vie du "Donjon", est à la fois étrange – il y a tant d’autres récits à poursuivre dans la galaxie d’heroic fantasy rigolote créée par Sfar et Trondheim ! – et également logique : puisque la nouvelle branche "Antipodes +" décrit un monde « moderne » harcelé par de puissantes entités maléfiques, la source de cette nouvelle menace pouvait logiquement être racontée comme une « suite » à l’extermination par Marvin et par le Roi Poussière de l’entité noire. C’est donc à l’apparition d’une nouvelle entité, quasiment lovecraftienne, et capable de soumettre à sa volonté des hordes d’esclaves pour atteindre son but, qu’est consacré "Pourfendeurs de Démons", ce qui ne peut que réjouir les fidèles du "Donjon", toujours friands de nouveaux « raccords » entre la multitude d’histoires et de personnages de leur œuvre culte.

Malheureusement, la lecture de "Pourfendeurs de Démons" déçoit beaucoup, pour la première fois depuis le redémarrage de la série : entre le dessin d’Obion, joli et bien rond, mais franchement à la peine quand il s’agit de décrire de manière lisible les scènes d’action (et il y en a beaucoup cette fois !), et la maladresse d’un scénario qui semble jusqu’à la moitié du livre ne pas très bien savoir où il va, il y a ici peu de raisons de s’enthousiasmer. Peut-être l’aspect « contes et légendes » que revêt la narration à mi-parcours eut-il été une manière féconde de raconter toute l’histoire ? Pourquoi pas… Mais c’est certainement la contrainte du format franco-belge des 48 pages qui pose le plus de problème : les combats auraient probablement mérité de plus amples descriptions, ce qui aurait amélioré notre compréhension, et la fin, une fois de plus (c’est devenu un problème récurrent de la série…), semble bâclée. Une solution alternative pourrait être d’abandonner le principe de l’histoire complète dans chaque volume, pour permettre à des récits aussi ambitieux de se développer avec plus d’aisance sur deux ou trois tomes. Sfar et Trondheim devraient en tout cas y réfléchir…

La meilleure idée de "Pourfendeurs de Démons" est d’avoir fait du beau personnage de Zakûtu le centre du récit : superbe femme forte dans tous les sens du terme, sa confiance en soi, sa féminité, et son goût assumé pour le sexe la positionnent en héroïne moderne, face à un Marvin le Rouge toujours aussi médiocrement hâbleur (mais très drôle). On rêve qu’elle devienne la véritable protagoniste de "Donjon Crépuscule"…

Pourfendeurs Extrait